Chère Bali, lorsque je t’ai rencontré, tu m’as envouté. Depuis que je t’ai quitté, tu alimentes mes rêves. J’y revois tes magnifiques paysages de plages, de rizières, et de volcans, et des myriades de temples noyés dans une végétation tropicale luxuriante. Parfois, je m’imagine marchant dans des processions de fleurs, emportée par le doux son des gamelans, une musique étrange que seules semblent comprendre tes divinités aux multiples bras. Mais je revois surtout les sourires des balinais, pleins de sourires bienveillants qui me rappellent encore que le bonheur se trouve dans les choses simples.


 

Bali, une beauté brute

Bali, j’avoue que j’ai tout d’abord été séduite par la splendeur de tes paysages et ton esthétique si particulière. Entre la jungle verdoyante «d’Ubud», les photogéniques rizières en terrasses de «Jatiluwih» et «Tegallalang», le panorama imprenable de lacs et de cratères du sommet du volcan «Batur», la fabuleuse mangrove de «Menjangan», les champs de mandariniers, d’œillets d’Inde, d’hortensias ou de bougainvilliers autour du village de «Munduk», les plages idylliques de «Jimbaran», les falaises vertigineuses «d’Uluwatu», les fonds marins éblouissants à «Amed», et les vagues mythiques de «Padang Padang», mon cœur a chaviré. Qu’est ce que tu es belle ! 

Il faut dire qu’il est facile de tomber amoureux de ce mélange exceptionnel de paysages exotiques toujours présents en toile de fond malgré l’urbanisation qui a accompagné le boum touristique des dernières décennies. Même tes plus somptueux hôtels et résidences de charme à «Seminyak», «Legian», «Nusa Dua» et «Ubud», d’une élégance et d’un luxe parfois insolent, se fondent dans ce décor tropical. Constructions en bois de noix de coco, toitures en chaume, en paille de riz, en teck ou en bambou tressé, piscines à débordement pavées aux pierres volcaniques, tes résidences sont de véritables havres de paix qui invitent au repos et au recueil. 

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 En revanche, c’est en m’éloignant des hôtels, des plages et des centres touristiques que j’ai découvert ton âme, celle d’une petite île qui cultive un rapport intense et révérencieux à la nature, et qui dégage une ineffable douceur de vivre. Ha cette douceur de vivre balinaise ! Comment ne pas la ressentir, la vivre, s’en éprendre ? Fruit de ta spiritualité intense et joyeuse, c’est précisément cette douceur de vivre qui inspire tant d’anthropologues, de romanciers, de réalisateurs, d’artistes, de rêveurs et de vagabonds à venir faire ta connaissance, toi, celle qu’on surnomme, l’île des dieux.

Bali, l’île des dieux… et des démons

Iles des dieux, il n’y a rien chez toi qui ne soit pas sacré, et ta nature est, à elle seule, un vaste temple voué au culte. Petite enclave hindouiste au milieu du plus grand pays musulman au monde, tu as su chorégraphier ta propre religion imprégnée des croyances animistes de tes ancêtres. Comment a tu pu rester si unique ? Sûrement grâce à la dévotion de ton peuple qui n’est qu’amour, eux qui ne convoitent rien, eux qui dédient leur quotidien aux forces invisibles.

Plusieurs milliers de temples ornés d’ombrelles d’apparat et de pyramides d’offrandes, témoignent de cette dévotion au monde spirituel. J’ai flâné sans jamais me lasser dans tes différents lieux de cultes sans toits, ouverts aux énergies du ciel. Aucun ne semble voler la vedette.

Ouvrant sur un jardin soigné, le délicieux petit temple « Ulun Dalu » s’érige sur deux îlots, ses tours se reflétant avec élégance sur le miroir du lac « Bratan ». Les pélerins se précipitent par centaines dans les bassins d’eaux bénites du temple « Tirta Empul » pour purifier leurs âmes, tandis qu’un parfum d’anciennes légendes évoquant les rois oubliés émane du site du « Gunung Kawi », niché au cœur des rizières et abritant dix temples du XIe siècle creusés à même la falaise. La gueule d’un monstre sert d’entrée à la grotte de « Goa Gajah », le temple de l’éléphant datant du IXe siècle. La nature sauvage semble reprendre le dessus sur l’Homme à la « Monkey Forest », une réserve naturelle sacrée abritant le temple de « Dalem Agung Padantegal » défendu par de facétieux macaques aux tendances cleptomanes. Les temples de la mer, quand à eux, semblent défier les forces de la nature. « Uluwatu », perché sur un énorme promontoire rocheux, l’océan rugissant en contrebas, est le théâtre d’un spectacle de danse « Kecak » à chaque coucher de soleil. Et que dire du coucher de soleil spectaculaire sur les pagodes du temple « Tanah Lot » dressé sur un îlot rocheux battu par les vagues ? Je comprends pourquoi l’on te vénère.

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Plusieurs fois par jour, j’ai observé les Balinais se parer de leurs plus beaux sarongs pour présenter solennellement des offrandes aux dieux, aux esprits mais aussi aux démons, tous des manifestations de ta nature si riche et foisonnante de vie. Attirer les faveurs des dieux et éloigner les malédictions des démons, tel est le quotidien de tes dévots. Les offrandes destinées aux êtres supérieurs sont de véritables œuvres d’art, confectionnées soigneusement à partir de feuilles de palmier, de riz et de fleurs colorées, parfois agrémentées d’agrumes et de viandes rôties et surmontées d’un bâtonnet d’encens. Moins fleuries, les présents destinés aux démons contiennent du riz, mais aussi des craquelins et parfois même… des cigarettes… aux clous de girofle ! Fascinant.

Les jours de fête, j’ai accompagné les balinais dans leurs cérémonies de danse et de chant rythmés par des orchestres de gamelans, une musique hypnotique destinée à invoquer les forces telluriques et cosmiques. De la célébration des esprits ancestraux à la consécration rythmée des temples, tes cérémonies hautes en couleur et en décibels ont su faire vibrer mon cœur.

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Bali, guérisseuse du corps et de l’esprit

Bali, j’ai rêvé de toi bien avant de te rencontrer. Je t’ai découvert d’abord à travers la voix d’Elizabeth Gilbert qui m’avait convaincu à travers son best-seller éponyme « Mange, prie, aime » que « dans la vie, on peut prendre les rennes de son bonheur sans se soumettre aux pressions de la société ». J’en ai fait ma devise.

C’est dans ma propre quête de paix intérieure que me suis retrouvé à vivre à « Ubud », ton joyau culturel et artistique, devenue la Mecque de la recherche du bien-être. Aux planches de surf des plages survoltées de « Kuta », « Ubud » oppose ses tapis de yoga, ses restaurants végétaliens et son ambiance zen. Tous les jours, je me plaisais à observer un régime de yoga et de méditation, avant de succomber au vigoureux massage balinais. Des activités ponctuées par une cuisine sino-indonésienne savoureuse dans les « Warungs », les petites échoppes de rue, ou une cuisine verte sophistiquée dans les cafés les plus « hipsters » de la ville. Une véritable cure de détoxification pour le corps et l’esprit dans un cadre enchanteur. Bali, c’est là que tu m’as conquis.

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C’est également à Ubud que tu m’as initiée aux pouvoirs des « Balians », les guérisseurs traditionnels balinais. A l’opposé des occidentaux qui depuis Hippocrate considèrent les maladies comme un ensemble de maux et de remèdes, les balinais attribuent les maladies à des déséquilibres cosmiques. Le patient d’un Banian entre dans une alliance avec les dieux pour recevoir cette guérison divine, un rééquilibre des chakras à base de plantes, racines, massages, ou rituels de transe avec respect, vénération et humilité. 

Le pouvoir de guérison par l’art, voici un autre de tes pouvoirs magiques. Pas étonnant que les ruelles de la ville soient jalonnées de galeries d’art, d’ateliers d’artisans et de boutiques chic, et que les temples résonnent chaque soir les échos des orchestres de gamelan. L’art est l’expression ultime du soi. À la tombée de la nuit, le temple « Pura Taman Saraswati », entouré de bassins saturés de fleurs de Lotus, devient le théâtre de l’un des plus beaux spectacles de danse mettant en scène des princes et des princesses, des bêtes sauvages et des créatures mythiques dans des scénarios rocambolesques. Des costumes, des masques. Ça grimace, ça ricane. Les mains s’ankylosent, les yeux s’écarquillent. Ici, la danse est plus qu’un art, c’est une conversation avec les dieux. Le ressenti est si fort que le simple fait d’en parler réduirait le spirituel au terrestre.

Bali. Petite île au grand cœur, Tu m’as enseigné comment apprécier les petites choses et comment me reconnecter avec moi-même. Bali, je t’aime à la folie. À quand notre prochain rendez-vous ?