Lorsqu’on pense au Maroc, on s’imagine tout de suite ces images d’épinal de caravanes de dromadaires traversant les dunes ocres du Sahara au soleil couchant. C’est exactement ce genre de tableau que nous réservait ce séjour à Merzouga aux portes du seul erg saharien au Maroc.


Notre roadtrip à travers le sud du Maroc de Marrakech à Merzouga touche à sa fin. Le trajet s’est avéré être un condensé de paysages de fous et de rencontres enrichissantes, certainement un des plus beaux roadtrip à faire au Maroc. Nous sommes à présent à Merzouga, un petit bourg balayé par le vent aux portes du Sahara. Les voyageurs qui viennent jusqu’ici espèrent tous voir ces regs inondés de lumière, ces oueds envahis de sable, et bien entendu ces dunes ocres majestueuses qui nous font tant rêver. J’ai cette connexion particulière avec le désert. J’était peut-être une bédouine dans une autre vie, ce qui expliquerait certainement mon choix de vie de nomade digital aujourd’hui (pas bête). Après avoir visité le désert du Thar en Inde, le désert d’Atacama au Chili, le Salar de Uyuni en Bolivie, le désert Ocucaje au Pérou, et le désert de Simpson en Australie, le moment est enfin venu de découvrir une infime petite partie du plus grand désert chaud au monde: le Sahara

À la découverte de l’Erg Chebbi à Merzouga

L’Erg Chebbi dans la vallée du Tafilalet en périphérie de Merzouga est avec Chigaga le seul erg saharien au Maroc parcouru de dunes immenses de 150 mètres de hauteur en moyenne. Depuis des siècles la région de Merzouga constitue un véritable carrefour entre les civilisations du désert africain. De la terrasse de notre auberge-kasbah, on peut déjà apercevoir les premières dunes de sable aux formes voluptueuses s’étalant vers ce qui semble être l’infini. Le désert nous appelle. Mama Africa nous appelle. Dès que la chaleur écrasante s’estompe, nous enfourchons nos dromadaires pour une randonnée chamelière de 2h dans le désert pour rejoindre notre campement aux pieds des dunes d’Erg Chebbi.

Vue de la terasse de notre auberge à Merzouga
Vue de la terasse de notre auberge à Merzouga

Ma caravane de dromadaires dans le désert de Merzouga

Nos dromadaire pénètrent lentement en file indienne dans le désert d’un pas lent et chaloupé. Le jeu d’ombres sur les dunes de sable m’hypnotise et me fait presque oublier l’inconfort de ma monture. Je me sens revivre dans cette nature sauvage vierge qui ne ment pas. Les dunes de sable s’étendent à l’horizon sans se soucier des frontières. Par là, quelque part c’est l’Algérie, mais les dunes et le vent passent au travers des pays. Au milieu de cet espace qui semble infini, on se sent infiniment petit. On perd tous nos repères pour mieux les retrouver. Il n’y a que le moment présent qui importe. Le passé est aussitôt balayé par le vent comme les traces de pas de nos dromadaires sur le sable. Je pense à ces nomades qui ont choisi ce mode de vie simple et désencombré dans un environnement qui semble si inhospitalier. Quelle incroyable démonstration de résilience et d’endurance! Deux heures et quelques courbatures aux fessiers plus tard, nous sommes bien loin de Merzouga. Notre campement de tentes berbères est situé au creux d’une dune de sable monumentale qui lui sert de barrière naturelle. Je suis heureuse.

Excursion en dromadaire dans le désert du Sahara
Chamelier berbère à Merzouga
Caravane de dromadaire dans le désert de Merzouga

Coucher de soleil sur les dunes du Sahara

Pas une minute à perdre. Il faut absolument monter au sommet de cette dune pour ne rien manquer du coucher de soleil. Plus facile à dire qu’à faire. Pour chaque pas qu’on fait dans ces sables mouvants, on recule de deux. On finit par se mettre à quatre pattes pour réussir à se hisser jusqu’au sommet. Défi relevé. Nous sommes essoufflés, trempés de sueurs, bien ensablés, mais nos efforts sont récompensés par un magnifique spectacle de lumière sur ces monticules sculptés en permanence par le vent. Les dunes s’illuminent de nuances dorées avant de s’enflammer en rouge, fuschia, rose pâle, toute une palette de formes et de couleurs dessinés par les dernières lueurs du jour. Avec notre petit groupe d’amis, il nous vient tout à coup l’envie de chanter à tue-tête. Le son résonne à l’infini, mais personne ne peut entendre nos fausses notes, à part peut-être nos chameliers qui doivent à présent être assez habitués aux réactions euphoriques des visiteurs de Merzouga.

Coucher de soleil à Merzouga
Coucher de soleil à l'erg Chebbi Merzouga

Nuit en bivouac à la belle étoile au milieu d’un océan de dune

De retour au campement, un tajine arrosé de thé à la menthe nous accueille. Nos hôtes sortent ensuite « Guembri » (genre de guitare à trois cordes), « djembé » (tambour) et « crotales » (sorte de castagnettes) pour une petit concert de musique et chants traditionnels, l’occasion de s’essayer à ces drôles d’instruments et de partager quelques fous rire. Avant de se coucher, on remonte sur notre dune dans l’obscurité pour admirer le ciel criblé d’étoiles et d’étoiles filantes. Jamais la voie lactée n’a été aussi brillante, loin de la pollution visuelle des grandes villes. Étendue sur le sable dans ce silence et cette noirceur absolue, je pense à ce désert immense qui nous entoure et à tout ce qu’il recèle d’inconnu, à ce qu’il fut jadis, un océan ou peut-être une savane où vivaient encore des espèces préhistoriques. Plus qu’une simple absence de bruit, le silence qui règne aiguise tous nos sens et nos perceptions et nous plonge profondément dans le moment présent. Les yeux ouverts ou fermés, on croirait presque toucher le ciel.

Certes le Sahara n’offre à perte de vue qu’un sable uniforme… On y baigne en permanence dans les conditions de l’extrême ennui. Et cependant d’invisibles divinités lui bâtissent un réseau de directions, de pentes et de signes, une musculature secrète et vivante. Il n’y a plus d’uniformité. Tout s’oriente… Et comme le désert n’offre aucune richesse tangible, comme il n’y a rien à voir, ni à entendre dans le désert, on est bien contraint de reconnaître, puisque la vie intérieure, loin de s’y endormir, s’y fortifie, que l’homme est animé d’abord par des sollicitations invisibles. L’homme est gouverné par l’Esprit. Je vaux dans le désert ce que valent mes divinités.

A. de Saint-Exupéry

D’invisibles divinités bâtissent un réseau de signes

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Nuit en bivouac au sahara Merzouga erg chebbi
Chamelier dans le désert de Merzouga