« Blogueur voyage, c’est ton hobbie, mais tu fais quoi sinon… je veux dire pour vivre ? Comment tu fais pour être tout le temps en vacances ? » On l’entend souvent. Pourtant, la professionalisation des blogueurs voyage a commencé il y a déjà bien longtemps. Cette année, nous avons assisté pour la première fois au salon annuel des blogueurs de voyage francophones qui réunit les pros du tourisme et les pros de la blogosphère voyage, et qui en est déjà à sa 3ème édition.

Des newbies dans un salon pour des blogueurs de voyage professionnels ?

Jusque là, notre voyage autour du monde nous absorbait tellement que nous n’avions pas vraiment eu l’opportunité d’interagir avec les blogueurs voyage, encore moins de les rencontrer en personne. Souvent, nos interactions se limitaient à des « likes » sur Facebook, à des commentaires sur des photos Insta, ou à une question sur un article en rapport à une destination qui se trouvait sur notre itinéraire. Puis fin 2015, notre cadence de voyage se ralenti, notre vie bascule à un mode de vie de nomades digitaux, et nous commençons à découvrir le monde virtuel créé par tous ces aventuriers, ces rêveurs, ces conteurs d’histoires, ces photographes et vidéastes, ces voyageurs qui comme nous sont assoiffés de découverte et de partage, et qui tentent tant bien que mal de casser le moule du mode de vie traditionnel « métro boulot dodo ». Nous nous sommes vite rendu compte que nous avions encore tellement à apprendre sur le métier palpitant de blogueur voyage. Cette année, il n’était donc pas question de rater la 3ème édition du salon des blogueurs de voyage ! Sans prétention et sans attentes particulières, on prépare nos premières cartes d’affaire, notre tout premier kit média et on s’incrit au salon. De Montréal, on s’envole à Bruxelles.

Démystifier le métier de blogueur voyage

170 blogueurs, instagrammeurs, snapchatteurs, vlogueurs, chroniqueurs, photographes et toutes sortes d’influenceurs dans le domaine du voyage se sont donnés rendez vous à Bruxelles le 2, 3 et 4 avril 2016 à l’occasion du salon annuel des blogueurs de voyage francophones. Premier constat: Dans les conférences et les conversations, les acronymes, les anglicismes, et les buzzwords marketing fusent. Ça me rappelle mon ancienne vie en agence de comm, celle que j’ai fuis il y a deux ans en prenant les jambes à mon cou. Sans grosse surprise, les pros du tourisme parlent de portée, d’impressions, d’audience, de taux d’engagement, de liens sponsorisés, de ROI, d’échanges win-win, de « pay to play » et de « experience as pay ». Les voyageurs d’expérience parlent de projets de voyages sponsorisés en collaboration avec des OT, de blogtrips, et de nomadisme digital. Les blogueurs chevronnés parlent de SEO, de pagerank, d’échanges de visibilité, d’indices de traffic, de pubs et de programmes d’affiliations. Les plus connectés ne jurent que par Snapchat, Pinterest et Instagram. Les voyageurs alternatifs parlent de woofing, de dumpster-diving, de couchsurfing et de voyage solidaire. Chacun a un parcours atypique et une expérience enrichissante à partager, et ça fait tourner les têtes des professionnels du tourisme. « Qu’est ce qu’on devrait faire avec ces drôles d’énergumènes ? Pourquoi et comment je devrais travailler avec eux ? Comment je les intègre dans mon plan média, mon budget marketing, ou ma stratégie de relations publiques ? » On semble curieux mais en même temps un peu perdus confrontés à ces nouveaux acteurs du marketing digital aux multiples facettes qui chamboulent un système depuis longtemps établi.

Le blogueur voyage: ce caméléon incompris

Qui sont tous ces blogueurs de voyage ? Ce sont avant tout des monsieur et madame tout le monde animés par une passion et le désir profond de vivre de leur passion du voyage. Le blogueur voyage ou le voyageur blogueur revêt ainsi plusieurs chapeaux: tantôt narrateur, tantôt photographe, metteur en scène, chroniqueur, analyste, conseiller ou critique, souvent As des nouvelles technologies, le blogueur voyage est surtout un excellent vendeur de rêve. Il est lui même un grand rêveur parfois même un peu trop idéaliste, un preneur de risques, un révolutionnaire un chouia poète dans l’âme. Il est généralement autodidacte, débrouillard, motivé, et polyvalent et s’adapte tel un caméléon à toutes sortes de situation. Il est tout le temps connecté mais ressent souvent une profonde solitude. Il parle couramment les langages du web et des réseaux sociaux mais malgré tout, il reste incompris. Oui, incompris par l’industrie du tourisme, par ses confrères (antagonistes) des médias traditionnels, parfois même par sa propre audience. On lui colle l’étiquette du « vacancier perpétuel », du « chanceux » qui fuit les responsabilités de la « vraie vie », du radin gratteux qui « voyage gratuitement », de l’opportuniste qui se « fait payer pour s’amuser », un partisan de la loi du moindre effort… Pourtant, sa réalité est toute autre.

Blogueur voyage: un métier ingrat envié par tous

Au salon des blogueurs, nous sommes confrontés aux réalités de la blogosphère voyage: L’effort considérable nécessaire pour maintenir et fructifier un blog, la nécessité de s’imposer un code d’éthique entre blogueurs, et surtout la difficulté d’établir des modèles équitables de rémunération. La rémunération est assurément au coeur des débats. Lorsque l’on a demandé ouvertement à un amphithéâtre de presque 200 blogueurs combien d’entre eux vivaient de leur blog, on pouvait compter les répondants sur les doigts d’une main. En effet, la plus grande majorité des blogueurs voyage tirent leurs revenus d’une activité connexe non reliée au blogging comme gestionnaire de communauté, graphiste, programmeur ou conseiller marketing par exemple. Pourquoi est-il si difficile de vivre de son blog ? Les blogueurs dénoncent certaines pratiques peu scrupuleuses pourtant très répandues dans l’industrie du tourisme qui tirent profit des blogueurs non avertis. Alors que le contenu des agences de communication et des médias traditionnels se vend au prix d’or, le contenu produit par les blogueurs, pourtant souvent plus authentique, est exigé gratuitement ou contre des clopinettes. Il y a une dévalorisation systématique du travail des blogueurs voyage même ceux qui ont un lectorat qualifié et engagé. Il y a également beaucoup de jeunes blogueurs qui produisent du contenu gratuitement ce qui a tendance à discréditer les démarches des blogueurs en voie de professionnalisation.

Pourquoi les rémunérer puisqu’ils voyagent et partagent tout ce contenu gratuitement par passion ? Tous les métiers doivent se faire par passion, mais la passion seule ne paie pas les factures. Les échanges « win-win » qui sont souvent des « win-loose » (devinez qui loose) sont des pratiques courantes qui encouragent les blogueurs à fournir des prestations en échange de visibilité. La visibilité ne paie pas les factures non plus. Le salon des blogueurs voyage tente justement de démystifier ce métier envié par tous mais qui représente le plus souvent un travail titanesque sans garanti de revenu conséquent.

Le blogueur voyage: une espèce non apprivoisée

Le blogueur voyage est libre de ses mouvements, de ses choix, de ses opinions, et de sa ligne éditoriale, un cauchemar pour certains annonceurs. On a de la difficulté à le caser, à le maîtriser, à calculer les retombés de son travail. Il y a plusieurs débats sur la perte d’authenticité lorsqu’un blogueur voyage se fait inviter ou (plus rare) se fait payer pour faire la promotion d’une destination ou d’un service. Bloguer pour voyager ou voyager et bloguer ? Quel est le bon équilibre à trouver pour ne pas décevoir son audience, garder sa voix tout en travaillant avec des annonceurs ? Toutes sortes de questions que nous avons pu débattre avec d’autres blogueurs et quelques pros du tourisme. Les avis divergent mais les conversations sur ces sujets épineux sont toujours enrichissantes. 

Le meilleur du salon WAT16

Visite de Bruxelles

  • Rencontrer des voyageurs / blogueurs / influenceurs / nomades digitaux qui comprennent totalement notre réalité et les choix non-conventionnels que nous avons fait en choisissant ce mode de vie. On se sent tout à coup moins seuls. Ça peut paraître cliché, mais mettre un visage sur un blog, ça crée une toute autre connexion.
  • Les soirées de gala, les after-party (et les after after) : Je ne me rappelle pas de tout ce qui s’est passé lors des soirées, ce qui veut dire ce que ça veut dire…
  • Les lieux des soirées :  Soirée de gala au musée de la BD de Bruxelles et soirée de cloture au MIMA. C’était bluffant !
  • Les conférences : Nous sommes dans un univers tellement créatif et évolutif qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, à perfectionner, à tester. De nouvelles tendances, de nouveaux réseaux sociaux, de nouvelles façons de créer du contenu toujours plus vite, plus beau, plus souvent… Beaucoup de leçons apprises lors des conférences.    
  • Les blogtrips : Superbe ambiance entre blogueurs, des guides et un programme au top ! À lire : Blogtrip parcours BD à Bruxelles

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Le pire du salon WAT16

  • Se lever tôt après les soirées afters (et les afters afters) et faire semblant d’être en forme pour les speed-meetings avec les pros. 
  • Le marathon de speed-meetings à chaque 10min. Nous avons fait l’erreur de débutant de prendre trop de rendez-vous consécutifs trop rapprochés.  
  • Les exposants qui n’avaient aucune idée de pourquoi ils étaient là ;) 

On se dit à l’année prochaine au #wat17 #abientotastmalo !