La région de Sapa au nord du Vietnam est un endroit unique. Peu d’endroits dans le monde abritent encore une concentration aussi dense de minorités ethniques toujours très attachés à leurs coutumes et pratiques ancestrales, et facilement accessibles aux étrangers. Une randonnée de 2 jours dans ce cadre bucolique, nous a permis de nous immiscer dans le quotidien des ethnies des montagnes pendant un bref instant. On vous raconte notre trek à Sapa.

Blottie au milieu de ce que les français surnommaient les alpes tonkinoises à presque 1800m d’altitude, la petite ville brumeuse de Sapa et ses environs abritent quelques dizaines de villages des minorités ethniques du Vietnam, une identité culturelle tribale unique accessible à ceux qui s’aventurent loin dans les montagnes à travers les terrasses de riz. Un trek de plusieurs jours accompagné d’un guide local, incluant une ou plusieurs nuits chez l’habitant, est le meilleur moyen d’explorer la région et de favoriser les contacts avec les Hmong, les Red Dao, les Tày et les autres ethnies des montagnes du Nord. C’est tout à fait le genre d’aventure qu’on aime. On embarque donc dans le prochain train couchette de Hanoi direction Lao Cai, puis dans un bus qui traverse la région montagneuse jusqu’à Sapa.

Première impression sur Sapa

Dès qu’on pose les pieds à Sapa, nous n’avons même pas encore le temps de dire ouf que nous sommes tout de suite assiégés par une nuée de femmes vêtues de costumes traditionnelles flamboyants, et ornées de toutes sortes de bijoux en argent, nous proposant soit d’acheter leur production artisanale qu’elles trimbalent dans des paniers en osier sur leur dos, soit de les accompagner dans des randonnées vers leurs villages respectifs. « Buy something from me » est la phrase de prédilection, parfois la seule phrase qu’elles savent prononcer en anglais, celle qu’on va tellement entendre que ça pourrait presque devenir l’hymne de la région. Nous avons à peine débarqués en ville après un long périple, et notre priorité est de se trouver un endroit ou passer la nuit, et non pas d’acheter des souvenirs. Nous faisons le tour du village à pied à la recherche d’une auberge convenable, escortés tout le long par différents groupes de femmes Hmong ou Dao qui ne lâchent pas le morceau. Elles sont fatigantes, mais tellement souriantes et attachantes qu’on est presque tentés de céder.

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Choisir le bon trek à Sapa

Rafraîchis et repus, notre mission du jour est de décider du trek à faire. À l’office du tourisme, on nous décourage d’aller sur les sentiers des randonnées seuls en nous expliquant que certains secteurs sont fermés aux touristes indépendants, et qu’il est nécessaire d’y aller avec un guide accrédité. On nous a aussi découragé d’y aller avec les femmes Hmong qui proposent des « homestay » aux touristes dans la rue car selon eux, celles-ci n’ont pas « l’autorisation » de l’état d’accueillir des étrangers chez elles. Ils vont même jusqu’à nous expliquer que la police fait des tournées fréquentes dans les villages pour s’assurer que personne de non accrédité n’héberge d’étrangers, et que ce sont les touristes qui écopent d’une amende bien salée s’ils se retrouvent dans cette situation. Tout ça est bien louche ! On se demande vraiment si ce n’est pas une stratégie pour mettre de l’avant les agences de trek surtaxées et pour continuer à marginaliser les minorités ethniques. Nous sommes au Vietnam après tout.

Après plusieurs recherches, nous optons pour y aller avec l’agence NomadTrails qui propose des treks guidés privés ou en petits groupes, organisés sur mesure selon les intérêts et formes physiques. Ils sont aussi les seuls à avoir des guides qui parlent français. Notre but principal étant de vivre une expérience authentique parmi les locaux, nous choisissons un parcours qui passe à travers plusieurs villages Hmong, incluant une nuit chez l’habitant dans un village Red Dao. Une bonne nuit de sommeil s’impose et c’est parti.

C’est parti pour un trek à Sapa

À l’agence, nous faisons la connaissance de notre guide, Ly, une jeune fille Hmong de 20 ans, toute délicate vêtue de son habit traditionnel qui clash avec ses chaussures de randonnée. Son vocabulaire anglais est restreint mais son accent presque impeccable. C’est étonnant sachant que l’anglais n’est pas appris à l’école. Elle nous explique qu’elle a appris la langue par elle même à travers ses interactions avec les touristes depuis son plus jeune âge. Un mot par ci, un mot par la, elle et les autres fillettes posaient pleins de questions, analysaient toutes les discussions, puis elle a fini par avoir suffisamment de grammaire et de vocabulaire pour soutenir une conversation. C’est remarquable ce que la nécessité fait faire aux gens !

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Alors que nous traversons la ville de Sapa et que nous nous engouffrons dans la campagne, nous sommes escortés par une grand mère Hmong et sa petite fille en route vers leur village. Le chemin est boueux et glissant mais les paysages des terrasses de riz plongées dans une légère brume qui s’étalent à perpétuité sont impressionnants. On dirait qu’ils forment des escaliers géants sur le flanc des montagnes. Ly nous montre les photos de la vallée durant la saison des pluies pendant laquelle les terrasses sont toutes verdoyantes et fleuries. Le paysage est d’autant plus époustouflant.

Sur le chemin, on s’arrête à plusieurs petits villages dans lesquels nous pouvons observer les villageois vaquer à leurs occupations quotidiennes. Ly demande à une vieille dame si elle accepte de nous faire visiter sa demeure. Elle accepte sans hésitation. L’avantage principal de marcher accompagnés d’un guide local est de pouvoir aller jusqu’aux hameaux, de rencontrer les villageois et de communiquer plus facilement avec eux dans leur dialecte local. En effet, les communautés ethniques sont tellement marginalisées par la société vietnamienne que plusieurs villageois ne parlent même pas vietnamien. Ça rend les échanges d’autant plus difficiles.

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Les enfants s’attroupent autour de nous alors qu’on fait le tour de la petite maison rudimentaire en chaume et en bois qui abrite trois générations de la même famille. La plupart des populations ethniques vivent dans des conditions précaires sans eau potable, électricité, salle de bain, cuisine, ou meubles. Ils confectionnent méticuleusement leurs propres habits et accessoires qui représentent leur appartenance à un clan, à un groupe social ou à une ethnie. La taille des sacs en bandoulière, la forme des pompons, les motifs des broderies, les ravissants bijoux, tout les détails comptent. On remarque d’ailleurs que les femmes ont les bouts des doigts teintés de bleu ou de vert, des traces presque indélébiles des pigments naturels qu’elles utilisent pour teinter les fibres et tissus qu’elles confectionnent. Elles sont tout le temps en train de tisser, en marchant, en parlant, dès qu’elles ont un moment de répit d’une tâche ménagère, ou d’une autre activité ne nécessitant pas l’usage de leurs deux mains, elles tissent. C’est presque rendu un tic, elles sont absolument incapables de rester les bras croisés à rien faire. En tout cas, leurs créations sont dignes de faire partie de la dernière collection haute couture de Desigual, si si…

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Après plusieurs heures de marche, on arrive à un village de l’ethnie Red Dao dans lequel nous allons passer la nuit. Nous faisons la connaissance de notre hôte « mama » qui nous accompagne à notre chambre. Clairement, ils ont bâti ce petit pavillon de manière à être plus adapté aux besoins ou exigences des étrangers. Ça reste très basique mais il y a quand même un sommier et une sorte de matelas très fin en mousse, un moustiquaire et des toilettes toutes neuves que même la famille n’utilise pas. On prépare le dîner ensemble et toute la famille se joint au festin. C’est un délice. Merci mama !

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La randonnée sur le chemin de retour vers Sapa le lendemain est plus ardue avec des dénivelés importants. Sur la route, on croise souvent des groupes d’enfants qui jouent seuls à travers le chemin avec moins que rien. A notre passage, ils nous dévisagent et nous interpellent. Ils sont tellement beaux malgré leur état crasseux. Plusieurs fillettes portent sur leur dos de très jeunes bébés qu’elles maternent avec une délicatesse et une maturité remarquables. Lorsque j’offre quelques fruits à tous les enfants, les plus âgées donnent automatiquement leur part aux plus jeunes sans flancher. Malgré leur jeune âge, le regard de ces fillettes est profond. Il y a du vécu derrière ces beaux grands yeux pétillants.

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Certains petits sont envoyés par leurs parents pour mendier. C’est une pratique qu’il ne faut absolument pas encourager, car certains enfants manquent l’école pour s’adonner à cette activité plus « lucrative ». C’est aussi un non catégorique pour les bonbons et autres friandises. Depuis l’avènement du tourisme dans la région, les problèmes de carries chez les enfants et les grands augmentent exponentiellement. On encourage toutefois les visiteurs à ramener des stylos, des cahiers et autres nécessaires scolaires. Pensez-y avant d’entamer un trek à Sapa !

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Trek à Sapa : Une randonnée mémorable

Aux termes de ce trek à Sapa, ce ne sont ni les courbatures ni les beaux paysages qu’on garde plus en tête, mais bien toutes ces mini interactions privilégiées que nous avons pu avoir avec ces communautés qui luttent pour préserver leur richesse culturelle. Comme on peut s’y attendre, les influences extérieures effritent petit à petit l’identité propre à ces minorités ethniques vietnamiennes. Les avantages de l’introduction de la technologie, de la médecine moderne et de l’enseignement sont incontestables. Malheureusement, ça s’accompagne d’un abandon graduel des traditions ancestrales. C’est ça la vie !

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Trek à Sapa dans la brume avec les minorités ethniques du Vietnam