Ça prend 24h pour compléter le trajet en bus entre la capitale du Laos Vientiane, et la capitale du Vietnam Hanoi… ou 1h d’avion. 60$ versus 400$ à deux, ou l’équivalent de 40 nuits d’hôtel en Asie. Vu comme ça, le choix est vite fait. Au diable le confort ! On s’arme d’un bon sens de l’humour et de beaucoup de patience et on prend le fameux « bus from hell » le bus de la mort. Alors, quel est le verdict ? Bus de Vientiane à Hanoi : Voyage d’enfer ou voyage en enfer ? Le récit.

Bus couchette = Patience et sens de l’humour

C’est une réalité universelle acceptée par toute la communauté de voyageurs: La patience et le sens de l’humour sont les deux vertus nécessaires pour survivre à de long périple tortueux comme celui qu’on s’apprête à faire pour traverser la frontière terrestre du Laos vers le nord du Vietnam. Après un bref séjour de tubing à Vang Vieng, nous nous rendons à Vientiane, la capitale du Laos surnommée aussi la ville endormie. Nous partageons un Tuk-Tuk avec une dizaine de touristes étrangers vers la station de bus où différents bus couchettes s’apprêtent à prendre la route vers de lointaines destinations.

À première vue, le bus de Vientiane à Hanoi n’a pas l’air si mal. Un peu clinquant et super kitsch, mais à priori, il a l’air assez neuf. Il y a même du wifi, c’est du luxe ! Le chauffeur du bus nous distribue aléatoirement des petits bouts de papiers avec des numéros de sièges assignés. Les touristes embarquent en premier. Chacun est anxieux de découvrir son siège pour les prochaines 24h. Le bus est configuré de manière à avoir trois rangées de « couchettes » individuelles superposés, les plus basses presque à raz le sol et les plus hautes presque collées au plafond et accessibles à l’aide d’une petite échelle. Les « couchettes » sont en fait des sièges étroits rétractables à environ 120 degrés et où on doit insérer ses jambes sous le dossiers du siège en face. C’est à ce moment qu’on se rend compte qu’à moins de faire 1m30 de hauteur, d’être sourd, d’avoir le nez bouché et une énorme vessie, le voyage va être long et pénible. « OK ! Patience et sens de l’humour, patience et sens de l’humour », c’est ce qu’on se répète sans cesse.

Le chichi des touristes, ça marche pas avec les Vietnamiens

Au fond du bus à côté des toilettes, six personnes doivent dormir ensemble sur trois couchettes collées superposées. Les trois sièges d’en bas sont effectivement comme trois tombeaux collés ensemble dans l’obscurité totale accessibles seulement en rampant à travers une petite ouverture à partir de l’allée. Les 6 « chanceux » qui ont hérités des 6 sièges tout au fond du bus sont soit en crise de panique soit furieux de rage et refusent catégoriquement de prendre place. « Il est hors de question que je rampe dans ce trou, c’est inhumain. J’ai la phobie des araignées. J’ai peur du noir. Je suis claustrophobe. Je ne vais quand même pas me coucher à côté de parfaits inconnus etc. » toutes les raisons ont été évoquées, tout le monde rouspète à tue-tête mais le chauffeur et son assistant vietnamiens restent fermes et ordonnent à tout le monde de prendre place ou de sortir du bus. Ils doivent vivre la même hystérie tous les jours.

Quand à nous, nous avons en l’occurrence gagnés au loto avec nos deux sièges individuels à l’étage supérieur, alors on ne se plaint pas, on se fait tout petits en attendant que la crise se résorbe. 30 minutes de râlage, de marchandage, et de Tetris plus tard, tous les touristes sont assis. Au tour des locaux de prendre place… Ils vont se retrouver couchés sur un matelas de fortune par terre sur l’allée entre nos couchettes. Mais c’est pas possible, ils ne vont quand même pas faire tout le trajet par terre en mode bovin ? Si si !

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Ambiance tectonique dans le bus de l’enfer

C’est ainsi que nous prenons la route 1h en retard vers 19h, plongés dans une ambiance tectonique, lumières multicolores fluos qui clignotent, et à la télé des clips vidéos de nanas à moitié nue qui se trémoussent sur de la musique techno asiatique à fond la caisse. Mais c’est quoi ce délire ? Il faut se l’avouer, c’est quand même drôle (Sens de l’humour) ! Après la musique et les clips psychédéliques, c’était maintenant le moment de regarder des films d’action chinois séries B des années 70 sous-titrés en anglais et en laotiens et doublés en vietnamiens. Impossible de baisser le son. Je ne trouve plus ça très drôle. Patience !

Confort absolu dans le bus de l’enfer

Heureusement, nous nous sommes équipés pour ces éventualités. Je m’enfonce mes écouteurs dans les oreilles avec de la vraie musique, j’enfile mon masque de sommeil, je me dope de deux Dramamine et j’essai de trouver une position commode pour fermer l’oeil. Les bus couchette vietnamiens devraient plutôt s’appeler des « bus dans lesquels on tente désespérément de se coucher avec un faible taux de succès ». le cocktail molotov de klaxons frénétiques, de musique techno insupportable, de virages vertigineux et de fluctuations chaud froid sans parler des odeurs de pieds, de toilettes dans un espace étroit confiné fait en sorte de garder tout le monde à bord bien éveillé et bien sur les nerfs. La patience vient de sauter, il ne reste plus que le sens de l’humour maintenant.

Frontière terrestre entre le Laos et le Vietnam

Le bus s’arrête vers 3h du matin à quelques mètres de la frontière Laotienne. Il faut attendre l’ouverture des postes frontaliers vers 6h du matin. Le chauffeur en profite pour se coucher sur l’allée et on réussi enfin à somnoler quelques heures dans un bus silencieux et immobile. Pourquoi partir si tôt pour arriver si tôt aux frontières ? Certainement pour donner l’occasion au chauffeur de dormir quelques heures, car pour le trajet prévu de 24h, hé bien il n’y a qu’un seul chauffeur. À 6h du matin, nous sommes réveillés « délicatement » par les cris : « Border ! border ! ». Nous traînons nos pauvres corps endoloris en dehors de notre purgatoire pour découvrir un petit poste frontalier dans un décor montagneux engloutis dans une brume épaisse. C’est le genre de scène empruntée à un film d’espion dans lequel James Bond tente de se faufiler furtivement entre deux frontières. On attend.

Ce n’est qu’un peu après 7h que les agents frontaliers font acte de présence. Tout le monde s’agglutine autour du seul poste ouvert pour les autorisations de sortie. C’est tellement chaotique qu’il faut littéralement jeter son passeport en visant la petite ouverture dans la vitre du douanier en espérant qu’il le reçoive. Il faut aussi payer un frais de 1$ de corruption pour aider le douanier à faire son travail de poser le tampon de sortie. Certains Laotiens viennent déposer des piles de passeports accompagnées de belles enveloppes brunes qui passent évidemment en priorité. 1h plus tard, nous passons la frontière Laotienne et nous sommes invités à marcher un bon kilomètre à pied dans une sorte de « no man’s land » avant d’arriver à la frontière vietnamienne pour le même processus de tamponnage et de corruption, mais déjà avec beaucoup plus d’ordre et d’organisation.

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Des passagers clandestins

Nous devons ensuite récupérer nos bagages en soute et les faire scanner avant de passer la frontière. C’est alors qu’on découvre tous les « bagages vivants » qui font le voyage avec nous en soute, incluant des poulets, des porcs bien vivants et bien portants alors que, dans ce qui semble être une toute autre planète, on nous empêchait de rentrer au Canada avec un sandwich de jambon fromage, de peur d’une contamination qui va déclencher une épidémie puis la fin du monde.

Bienvenue au Vietnam !

Les 10 prochaines heures vont être longues mais sans complications. Nous découvrons les premières images d’Épinal qui représentent le Vietnam rural, ces champs de riz verts qui s’étendent à perpétuité, parsemés de silhouettes de femmes et d’hommes coiffés du chapeau conique typique qui labourent ou repiquent les casiers de terre inondés. C’est précisément ce genre de récompense que le voyage en bus permet de gagner.

Après plusieurs heures consécutives sans aucun arrêt bouffe en perspective, et sachant que nous allons bientôt épuiser nos réserves de craquelins au beurre de cacahuètes, on commence à s’inquiéter. La nuit tombe alors qu’on commence à voir les premiers signes de vie urbaine. Vers 8h du soir, après 26h de voyage, nous sommes arrivés, lessivés, courbaturés, affamés mais sains et saufs à destination, en plein coeur du chaos organisé de la ville trépidante d’Hanoi au Vietnam. VICTOIRE !

Bus de Vientiane à Hanoi : Voyage d’enfer ou voyage en enfer ? Le verdict

Après avoir survécus au soi-disant « bus from hell, » on peut vous confirmer que ceux qui lui ont donnés ce célèbre qualificatif n’ont JAMAIS pris un bus de nuit en Bolivie. Selon nous, la Bolivie remporte la palme d’or, non l’oscar, non le flambeau olympique des bus de la moooort. Quand au voyage en bus de Vientiane à Hanoi, il est non seulement tout à fait vivable, mais offre un point de vue unique sur la vie quotidienne des laotiens et des vietnamiens.

Nos conseils pour un voyage d’enfer

  • Ça coûte 30$ par personne. Prenez le bus un lundi, mardi, jeudi ou un samedi. Ces jours-là c’est le « nouveau » bus équipé de toilettes (même si vous devez enjamber tous les gens qui dorment par terre pour y accéder). Les autres jour, c’est le « vieux » bus, similaire, même prix, mais sans toilettes, avec une configuration de sièges un peu moins logique et une longue historique d’aléas. Les gars de seat 61 donnent pleins d’infos pratiques sur les bus qui font de long parcours vers ou à partir du Laos et environs.
  • Essayez de mettre tous vos bagages dans la soutes et aillez seulement le strict minimum avec vous car il n’y a absolument aucune place pour mettre un sac. La place que votre sac prend est déduite de la place qu’il y aura pour vos jambes.
  • Les choses indispensables à avoir sous la main:
    • Des écouteurs atténuateurs de bruit avec votre choix de musique ou des bouchons / boules quies
    • Des médicaments contre le mal de transport
    • Des lingettes pour bébé pour se rafraîchir
    • Une huile essentielle parfumée ou du vixx à se mettre sous les narines pour éliminer les odeurs nauséabondes
    • Des choses à grignoter: Craquelins et beurre de cacahuètes, noix, barres de céréales, fruits etc.
    • Autres accessoires de voyages: chaussettes, masque de sommeil
    • un livre, un kindle, une tablette, un jeu de carte… Quelque chose pour passer le temps
  • Armez-vous de beaucoup de patience et d’un bon sens de l’humour !
  • Si vous n’êtes pas restreints à un petit budget comme nous, préférez l’avion quand même. Si vous vous y prenez tôt, le vol aller simple dure seulement une heure et peut être soldé à 150$ par personne.

Bon vent !

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Bus de Vientiane à Hanoi : Voyage d'enfer ou voyage en enfer ?