Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le « Red Centre ». C’est une région désertique au coeur du continent australien au milieu de nul part, et c’est une overdose de rouge. On nous a prévenu qu’il n’y aurait RIEN pendant des milliers de kilomètres, à part des mouches, vraiment beaucoup de mouches, des serpents très venimeux, des araignées bien dodues, des kangourous très costauds, des chiens sauvages, des lézards, et d’autres bêtes qui vont essayer d’avoir notre peau, si la chaleur accablante ne réussi pas à nous avoir avant. Et ils avaient raison. Il n’y avait RIEN, que dalle, « Walou » ! Rien de conventionnel, rien que des paysages de rien à couper le souffle, rien que nous et une nature sauvage aussi sublime qu’inclémente, rien que ça.

Alice Springs, la porte du désert

Nous nous envolons à partir de Cairns après notre roadtrip au Queensland sur la côte Est, en direction d’Alice Springs, la seule ville du centre australien. Le clash est saisissant ! On passe d’un climat humide et tropical, à une canicule torride sèche et étouffante, d’une côte Est infinie de plages de sable parfaitement bien aménagées à un centre désertique laissé à l’état sauvage. Mais apparemment, le centre n’a rien à envier à son cousin de l’Est en termes de bêtes mortelles. On troque les crocodiles, requins et méduses pour les serpents, araignées et kangourous boxeurs. Nous avons hâte de rencontrer (de très loin préférablement) les résidents locaux de ces terres arides.

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À notre grande surprise, on découvre qu’Alice est une grande ville florissante, une sorte de halte touristique ou les McDo, Subway, KFC et autres commerces de la société de consommation moderne ont poussés comme de mauvaises herbes, et où les prix sont gonflés à bloc. On remarque aussi pour la première fois depuis qu’on est en Australie, la présence notable d’une communauté d’aborigènes à la peau foncée avec de beaux traits bien distincts qui déambulent tel des itinérants dans les rues immaculées de la ville, des vêtements troués et crasseux sur le dos, les corps dans un état piteux. Dans un pays ou nous avons été frappés par la richesse et l’abondance des moyens, par la modernité des infrastructures, et par l’opulence, voire même le gaspillage des ressources, on a du mal à comprendre ce déséquilibre marquant entre les blancs les colons, et les noirs les locaux qui ont autrefois été démunis de leurs terres et qui semblent maintenant vraisemblablement en crise d’identité, perdus dans une société qui les as volés, corrompus puis qui n’a pas su les intégrer. C’est un constat désolant.

À Alice, nous avons tout d’abord besoin de se trouver une nouvelle maison mobile, un Van Gogh version 2.0 pour conquérir le désert à notre gré. Ça s’avère être une tâche plus difficile qu’on le croyait. Dans un trou perdu, les choses les plus communes deviennent des denrées rares, et le prix à payer reflète bien cette dure réalité. Secondo, s’affronter au outback australien demande pas mal plus de préparatifs et de planification qu’on l’aurait pensés. Zut ! On aurait dû mieux se renseigner avant d’atterrir naïvement frais comme des roses dans ce bled. Deux jours de planification, de marchandage, et de ravitaillement plus tard, nous avons notre mini camping-car, nos cartes et GPS, nos batteries de rechange, notre crème solaire et anti-insecte puissance 1000, notre trousse de premiers soins, nos vivres et suffisamment d’eau pour nous faire survivre pendant un mois (on y est peut-être allé un peu fort sur l’eau), et surtout, surtout, la chose la plus indispensable, nos chapeaux en cuir de « wannabe » cowboys. Nous sommes fin prêt pour la conquête du « Red Centre ».

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Mc Donnel Range, l’oasis du désert

On consacre nos deux premières journées de roadtrip à l’exploration de la chaine de rocheuses et gorges du Mc Donnel ranges en périphérie d’Alice. C’est la région la plus humide du désert avec des sources d’eau douce et d’eau salé qui, au fil du temps, se sont frayés des chemins entre les montagnes rocheuses créant de belles oasis pleines de vie dans les endroits les plus improbables. C’est la saison sèche et le niveau d’eau est très bas, voir même complètement à zéro. À plusieurs endroits, on voit des panneaux d’interdiction de nager ou des alertes de routes propices aux inondations alors qu’il n’y a aucune trace du précieux liquide. C’est difficile d’imaginer que cet endroit devient par moment complètement inondé, et pourtant…

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Chaque arrêt nous surprend avec sa particularité. Au Simpson’s Gap, on rencontre les wallabies aux pieds noirs, ces petites versions de kangourous timides qui vivent sur les flancs des montagnes. Aux gorges de Glen Helen Gorge, et Ormiston Gorge, on contemple les beaux contrastes de couleurs des strates de roches qui enveloppent les cours d’eau plantés de roseaux. À la crique de Ellery Creek Big Hole, on se retrouve carrément sur une plage de sable aux rivages d’une énorme étendue d’eau douce au fond sablonneux dans laquelle on est invités à nager, emportés par le léger courant entre les couloirs de roches aux différentes palettes de rouge, une invitation difficile à refuser par cette canicule écrasante. Aussi surprenant que ça puisse paraître, l’eau est g-l-a-c-i-a-l-e.

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Nous décidons de passer notre première nuit dans la brousse à la belle étoile en bordure d’une rivière dans notre drôle de tente suspendue au dessus du toit de notre voiture, qui se déploie rapidement de manière super ingénieuse, au grand bonheur de Mike. Du moment qu’on est loins du sol, et donc loins des insectes et autres bestioles rampantes, moi ça me va très bien. Petit souper en amoureux de vin et fromage improvisé (Traduction: jus de raisin dans une tasse en plastique et crackers à la Vache qui rit) et la nuit tombée, on s’amuse à prendre des photos de ce RIEN nocturne parfait.

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Si vous voulez apprendre les bases des photos de nuit longue exposition comme celles-ci, laissez nous un petit commentaire et on consacrera peut-être un article à ce sujet. C’est assez fastoche et surtout très amusant !

Je ne pensais pas apprécier autant les plaisirs du camping dans la brousse. Nous avons le strict nécessaire mais bizarrement ça semble être plus que suffisant pour faire notre bonheur.

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Kings Canyon, le roi du désert

Le chemin à travers les terres ocres vers le Kings Canyon est long, du « walou » tout le long, mais du rien aucunement monotone néanmoins. On se croirait vraiment sur le set du film « Le bon, la bête et le truand » version australienne avec des teintes plus rousses. La dernière fois que nous avons traversés un désert, c’était au Salar de Uyuni en Bolivie, le plus grand désert de sel au monde perché à 4000 mètres d’altitude dans des températures glaciales. Nous sommes maintenant dans un désert de dunes rouges d’une chaleur accablante. Malgré tout, c’est le printemps et les fleurs sauvages violettes bourgeonnent à travers les épis blonds qui tapissent les terres vraisemblablement arides de cette étendue désertique.

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Le soleil tape sans pitié alors qu’on décide d’attaquer une randonnée pédestre de 8km qui fait tout le tour du canyon, en commençant par le ventre du roi, le « King’s Creek Walk », un chemin qui longe le lit de la rivière à l’ombre, abrités par les murs rocheux des falaises qui s’élèvent d’un côté et de l’autre. Quelle structure impressionnante ! Après un bon deux heures de marche dans les entrailles du canyon, il est temps d’escalader ce monstre de pierres pour rejoindre le chemin de trek plus ardu, le « Rim Walk » qui nous emmène à l’exploration du sommet du canyon, de ses falaises, crevasses et fossés tout en hauteur.

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Le trek commence par une montée escarpée appelée « la montée des infarctus », je vous laisse deviner pourquoi. Nous sommes un peu rouillés depuis qu’on passe le plus clair de notre temps en voiture. Notre dernier trek remonte à quelques semaines auparavant au Vanuatu, et la chaleur des tropiques, bien que très épuisante, ne se compare pas à la fournaise écrasante de ce canyon exposé aux forces de la nature. Tout en haut, il n’y a pas un seul arbre à l’horizon, pas de trace d’ombre, juste de la roche érodée formant des sculptures naturelles parfois polies et arrondies à la perfection, parfois aussi aiguisées que des lames de rasoir.

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Au milieu de la visite, un détour permet de descendre au « Jardin d’Eden », un trou d’eau permanent entouré d’une végétation luxuriante de fougères préhistoriques. La dernière moitié du circuit se fait au milieu de dômes de grès, témoins de millions d’années d’érosion. Ici c’est l’épidémie des paysages des cartes postales typiques de l’Australie. Les photos ne rendent pas du tout justice à la grandeur et la majesté de cet endroit.

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On ne comprend pas comment ou pourquoi, mais nous sommes absolument tout seuls durant tout le trajet malgré la ribambelle de voitures et bus de touristes qui se disputent des places au parking. Je ne sais pas où ils s’en vont tous mais le clou du spectacle est ici, tout en haut de la « montée des infarctus ». Le nom a dû en dissuader plus d’un. Nous avons donc la vue 360 degrés à partir du sommet à nous tous seuls. C’est splendide ! Ça pourrait être un moment serein si ce n’était pas pour les hordes de mouches perspicaces immunisées contre les gels chasses-moustiques en tous genres, qui nous harcèlent sans relâche en essayant de se faufiler dans tous les orifices du visages, de la bouche au nez aux oreilles, même les yeux. C’est insupportable ! Pas étonnant qu’ils vendent des chapeaux ridicules avec moustiquaires et tapettes intégrés à un prix exorbitant à l’entrée du parc. Comme on a refusés d’acheter ces chapeaux aussi laids que dispendieux, on n’a pas le choix que de prendre notre mal en patience. Grrrrr, les mouches sont mes nouveaux ennemis.

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Quelques heures et quelques litre d’eau transpirés plus tard, nous pouvons clamer haut et fort que nous avons survécus au Rim Walk, au soleil et aux mouches mais on ne peut pas en dire autant pour certains de nos équipements et provisions. Nos canettes de Coca-Cola ont toutes été déformées, certains contenants ont carrément explosés, les semelles de nos chaussures ont cramées, et même les jointures du trépied de l’appareil photo ont fondues et il ne tient donc plus en place. Adieu trépied (snif) ! Ce n’est pas grave. Direction Uluru (youpi) !

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Uluru, l’emblème de l’Australie

Certains vous diraient qu’Uluru n’est RIEN qu’un gros rocher photogénique au cœur de l’outback australien, rien qu’une case à cocher dans la « bucket list », « Walou » quoi. Pour nous, visiter Uluru a une signification culturelle et spirituelle profonde étant une formation géologique fascinante dans un écosystème fragile classé sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, sans parler d’être un lieu sacré pour les peuples aborigènes Pitjantjatjara et Yankunytjatjara, communément appelés les Anangu, qui y pratiquent encore des rituels pour honorer les traditions ou apaiser les esprits de leurs ancêtres.

La première fois qu’on voit Uluru se dessiner à l’horizon est un moment magique. La vision de ce gros rocher rouge qui se dresse majestueusement seul au milieu de la plaine est presque comme un mirage. À première vue, on dirait un météorite qui s’est écrasé ici au milieu de nul part tellement il détonne par rapport à l’environnement plat autour. D’ailleurs, le rocher s’enfonce effectivement profondément sous terre, on n’en voit qu’une partie. J’aurais aimé que ce soit en effet son origine. Ce serait pas mal plus sexy qu’être juste la partie émergée d’une formation rocheuse du sous-sol dégagée par des millions d’année d’érosion et de mouvement tectonique. Scientifiquement parlant, c’est un inselberg, une « montagne-île », le deuxième plus grand au monde, après le mont Augustus, également en Australie. Pour moi, Uluru est un météorite :)

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On commence par visiter le centre culturel qui tente d’expliquer la culture aborigène des Anangu, leur organisation sociale, les lois ancestrales qu’ils respectent religieusement, les cérémonies et rituels sacrés qu’ils pratiquent, la signification de leurs peintures rupestres, et certains des mythes entourant la création des reliefs du désert et plus particulièrement Uluru. On n’a pas tout compris vu que les infos au centre sont dispersées et quelque peu ambiguës. Nous sommes particulièrement déçus de la vidéo nulle de la reconstitution presque caricaturale de l’histoire des indigènes australiens. Malgré le fait que le gouvernement australien ait rétrocédé la propriété d’Uluru aux aborigènes en 1985, avec une condition stipulant que les Aṉangu accordent un bail d’exploitation de 99 ans à la National Parks and Wildlife agency et qu’ils gèrent la montagne de façon coordonnée, on remarque qu’aucun des rangers du parc n’est Anangu et on parle d’eux à la troisième personne comme d’une espèce en voie de disparition, ce qui est vrai en quelque sorte. La communauté locale des Anangu, estimée à 300 personnes, est installée de manière précaire, à seulement 17 kilomètres de route du village touristique de Yulara, peuplée de 3 000 habitants et implanté juste à l’entrée du parc national d’Uluru. Cette injustice flagrante est bien triste.

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En marchant autour du rocher, on apprend que de nombreux sites sont sacrés et porteurs de mémoire et de légendes fascinantes. Selon les Anangu, les êtres du « Temps du rêve » ont façonnés les formes du monde. Le monolithe d’Uluru est l’une d’entre elles. Les aborigènes vouent à ce rocher un profond respect et, bien que leurs rites demeurent secrets, on sait que deux sites d’Uluru sont d’une haute importance religieuse : l’un pour les femmes âgées, l’autre pour les hommes les plus initiés, qui y convergent par centaines lors de rares cérémonies. Ces deux sites en particulier sont interdits à la photographie, afin que les Anangu n’aient pas connaissance des rituels du sexe opposé. On ne se mêle pas des affaires des femmes et vice versa, quoique le versa doit être plus difficile.

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Il est possible d’escalader Uluru mais étant donné que le rocher est sacré et que les Anangu eux-mêmes ne l’escaladent pas, nous avons choisi de nous abstenir malgré la tentation, d’autant plus que le chemin qui mène au sommet profane une piste ancestrale que la communauté indigène explicitement déconseille d’emprunter à tous les touristes qui sont soucieux de respecter leurs croyances. Mais malgré le plaidoyer de la communauté indigène, les touristes font la loi ici, et le parc national est complice. Trop de cash est en jeu, alors ils leurs permettent d’escalader la piste sacrée, planter des drapeaux, graver leurs noms, profaner les lieux sacrés « déconseillés » mais non « interdits » au public.

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Certains volent des roches, lézards, serpents ou autres « souvenirs » dans l’espoir désespéré de laisser une trace indélébile de leur passage. Il est parfois rapporté que ceux qui prennent des roches d’Uluru seront maudits et subiront des malheurs. D’ailleurs, les agences touristiques du coin reçoivent souvent des colis contenant des roches prélevées du site d’Uluru qu’ils retournent dans l’espoir de rompre le mauvais sort. Karma !

Quand à nous, contempler les levers et couchers de soleil teinter Uluru et le désert environnant de toutes sortes de nuances de rose et de rouge, nous procure tout le plaisir et la satisfaction au monde.

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Après plusieurs jours de régime aux nouilles déshydratée, soupes en poudre et boites de conserves de thon et sardines, on décide de se gâter en se préparant des brochettes de kangourous marinées et braisées au barbecue accompagnées d’une salade fraiche de roquette et épinards, le tout préparé avec le majestueux mont Uluru en toile de fond (la grande classe) et entourés par des nuages de mouches persistantes (ça c’est beaucoup moins la classe). On réussit tant bien que mal à dévorer notre délicieux met sans avaler de mouches, un exploit ! On n’a pas encore vu de kangourous dans le désert sauf sur notre assiette. C’est assez ironique, vous ne trouvez pas ?

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Kata Tjuta, la pièce de résistance

À seulement quelques dizaines de kilomètres d’Uluru se dressent les cônes difformes de Kata Tjuta, une formation géologique aussi spectaculaire, sinon plus spectaculaire que leur « rival » Uluru. Pour les Anangu, c’est un lieu sacré réservé aux hommes seulement. L’histoire populaire raconte que les 36 différents dômes d’arkoses sont en fait les esprits d’anciens guerriers Anangu qui se sont transformés en roche pour l’éternité. Le nom Kata Tjuta signifie littéralement « beaucoup de têtes ». En tout cas, c’est un vrai chef d’oeuvre de la nature rendu plus mystique par le passage des nuages qui filtrent les rayons du soleil pour offrir un spectacle de lumière éblouissant sur les surfaces réfléchissantes de granite et de basalte du massif. Ce site n’est pourtant pas aussi populaire qu’Uluru pour une raison qu’on ignore. Certains touristes zappent le passage à Kata Tjuta qui selon nous est un incontournable.

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Après une courte randonnée sur la piste de la vallée des vents (qui ne doit pas son nom au hasard), on s’installe au meilleur spot pour admirer le fameux coucher de soleil menacé par des nuages noirs de mauvaises augures qui s’approchent. Le spectacle promis du crépuscule tombe rapidement à l’eau (c’est le cas de la dire) lorsqu’on se fait rafraîchir par la première pluie de la saison, la première en trois mois de sécheresse totale. Quelle chance ! La bonne chose, c’est qu’on a partagé ce moment de désespoir avec un couple de voyageurs chinois qu’on va rencontrer sur le chemin par la suite et avec qui nous allons tisser de bons liens d’amitié.

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Une bonne nuit de sommeil s’impose et à l’aube, on quitte le parc national Uluru / Kata Tjuta pour une longue traversée du désert vers les territoires du sud de l’Australie.

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Coober Pedy, le joyau souterrain

La route vers le sud est parfaitement rectiligne et semble s’étendre indéfiniment à l’horizon. Il ne se passe effectivement pas grand chose, RIEN, sauf peut-être un changement total de scène à chaque centaines de kilomètres. On voit le décor muer tranquillement de plaines désertiques à des dunes de sable rouge, à d’immenses lacs salés aux couleurs pastels, qui nous rappellent le Salar de Uyuni à plus petite échelle. Les stations d’essence se font de plus en plus rares et les carcasses de voitures abandonnées plus fréquentes.

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Surprenament, on a réussit à éviter tout contact avec les bestioles venimeuses ou dangereuses du red center, même pas un kangourou suicidaire sur la route, même pas un serpent perdu ou une araignée curieuse, à part un Moloch hérissé appelé aussi Diable cornu (Thorny dragon ou thorny devil), complètement inoffensif qu’on a sauvé d’une mort certaine sur le bitume. Je ne sais pas si c’est un exploit ou si les légendes urbaines sont quelque peu exagérées.

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Plus que 1300 kilomètres pour arriver tout au sud à Adelaide. 1300 kilomètres à rouler face à de fortes bourrasques de vent et de sable. J’en ai profité pour écrire cet article pendant que Mike nous conduit vaillamment à bon port. Prochain stop, Coober Peddy, un village minier au milieu du désert construit presque entièrement sous terre. Coober Pedy, qui signifie « trou de l’homme blanc » en langue aborigène, est connu comme la « capitale mondiale de production d’opale ». La ville porte les vestiges d’une ruée vers l’opale avec ses maisons troglodytes souterraines, d’anciennes mines rénovées. Les terres autour de la ville sont trouées comme du gruyère pour en extraire le précieux minéral. On se croirait réellement dans une BD de Picsou à la ruée vers l’or.

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Les températures moyennes estivales de ce désert inhospitalier font que de nombreux habitants préfèrent vivre dans des grottes creusées dans les collines. Plusieurs ce ces bunkers sont maintenant reconverties en hôtels ou en maisons d’hôtes. Le premier arbre jamais vu dans le village est en ferraille et est toujours planté sur une colline surplombant le village. Coober Pedy et son arrière-pays sont très photogéniques et ont donc charmés plusieurs cinéastes. La ville est le lieu de tournage du film Le Secret de Kelly-Anne. L’arrière-pays, notamment les Breakaways et la Moon Plain, sont les toiles de fond vedettes de films comme Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, Planète rouge, Priscilla, folle du désert, Pitch Black et Le Sang des héros qui ont largement utilisé la population locale comme figurants.

Le dernier tronçon entre Port Augusta et Adelaide est un vrai plaisir pour les yeux avec des champs de blé à perte de vue, des lacs bleus, roses et blancs entourés de verts pâturages, et les premiers signes de vie urbaine. Nous passons notre dernière nuit dans la nature sauvage en compagnie des émeus et des wallabies  au parc national Flinder Ranges, avant de revenir à la civilisation.

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Vers la fin du roadtrip, on commence un peu à ressembler à des hommes de Cro-Magnon. Après beaucoup de RIEN, un retour à la civilisation est de mise. C’est dans la charmante petite ville d’Adelaide que se termine notre périple dans le outback australien et que commencera notre prochain roadtrip à travers la célèbre Great Ocean Road.

Bon vent !