Après le volcan en éruption le plus accessible au monde sur l’île de Tanna, nous voici quelques kilomètres plus au nord à la plus grande épave plongeable au monde sur l’île de Espiritu Santo, l’épave du SS President Coolidge. Décidément, le Vanuatu ne cessera pas de nous épater de si tôt. Musique de Titanic pour la lecture de cette aventure palpitante. 

Tout d’abord, un tout petit peu d’histoire pour mieux apprécier le récit: Le SS Président Coolidge est un paquebot américain de luxe construit en 1931, qui a transporté les riches, nobles et célèbres à travers l’océan Pacifique, avant d’être réquisitionné par l’armée étasunienne en 1941 pour être transformé en un énorme transporteurs de troupes. Il a ainsi porté main forte à la marine américaine dans les eaux tourmentés du Pacifique durant la seconde guerre mondiale juste après l’attaque des japonais sur Pearl Harbour. Le paquebot va cependant couler bêtement en heurtant deux mines alliées que les américains eux-même avaient posés de manière assez parano dans les fonds marins aux larges de Luganville pour empêcher des sous-marins ennemis de s’approcher du canal d’Aore, une position militaire stratégique sur l’île Espiritu Santo au Vanuatu. Manque de communication, erreur de navigation, confusion, le bateau est touché gravement et le capitaine en charge va décider de foncer vers les rivages pour le faire échouer volontairement et sauver ainsi les 5340 soldats à bord. Il va réussir son coup mais le luxueux paquebot succombera à ses blessures et sombrera en 90 minutes seulement, engloutissant la cargaison et les effets personnels des marins, en clamant la vie d’un des capitaines qui est resté emprisonné à bord après avoir sauvé ses hommes. De la poupe qui repose sur le fond sablonneux à la proue qui pointe vers la plage, cet ancien navire s’étend aujourd’hui sur son flan bâbord entre 20 et 70 mètres de profondeur.

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À Santo, il y a plusieurs clubs de plongée qui invitent les visiteurs à explorer la plus grande épave au monde, mais nul n’est aussi emblématique que celle tenue par Allan Power, une légende vivante, qu’on surnomme ici « Mr President« . C’est grâce à lui que le SS Président Coolidge fait aujourd’hui l’objet d’une proposition de classement au patrimoine mondial de l’humanité, et que des milliers de plongeurs à travers le monde rappliquent chaque année pour explorer ce site classé parmi les 10 meilleurs site de plongée au monde. Allan a plongé pour la première fois l’épave dans les années 80 à l’époque où la plongée se faisait sans l’aide d’ordinateurs et autres jauges et instruments électroniques devenus maintenant indispensables, et depuis il ne la quittera plus jamais. Il est devenu le curateur officieux de ce musée à ciel ouvert. Il connaît tous les recoins de ce navire mieux que quiconque, chaque pièce d’arsenal de guerre abandonnée, chaque assiette en porcelaine cassée et chaque carcasse de véhicules défoncés dans la cale. Il a plongé au total 15 000 fois dans cette épave, plus d’une année et demi en temps cumulé. Nous sommes entre de bonnes mains, vous ne pensez pas ?

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Au club d’Allan Power Dive Tours, nous faisons la connaissance de notre « dive master » Lionel qui nous équipe de toute l’artillerie lourde nécessaire pour plonger: Wetsuits, Gilets de contrôle de flottaison, masques et tubas, bottes et palmes, poids, bonbonnes et régulateurs, la totale. Sur le chemin, nous discutons avec les 2 guides qui nous accompagnent de l’histoire tumultueuse de l’épave que nous allons explorer aujourd’hui, et on en profite aussi pour poser les questions qui nous démangent sur Alain Power: « Est ce vrai que Allan connaît le Coolidge mieux que le fond de ses poches ? Est ce qu’il y plonge toujours ?, » et une voix grincheuse qui résonne dans l’habitacle du van qui nous répond: « Le Coolidge c’est MON épave et j’emmène tous les jours des gens pour la visiter depuis 30 ans ». Nous sommes sidérés. Allan Power, la légende, est notre chauffeur. Quel honneur !

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1ère plongée : À la rencontre du Président

On arrive à quelques minutes à l’extérieur de la ville de Luganville, sur un rivage aménagé spécifiquement pour aider les plongeurs à revêtir tout leur équipement. On sent bien que c’est une opération bien rodée. L’épave est tellement proche de la terre ferme qu’on y accède en marchant directement à partir de la plage, même pas besoin d’un bateau. La première plongée est une sorte de balade de reconnaissance qui sert surtout à évaluer le niveau de confort des plongeurs et leur aisance dans des profondeurs souvent supérieures à celles auxquelles ils sont habituées, surtout pour les novices comme nous. Après tout, ça ne fait que quelques semaines que j’ai obtenue ma certification PADI Open Water aux Fidji.

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Nous commençons la descente en utilisant une corde de « mouillage » qui nous aide à effectuer une descente confortable jusqu’à la proue du bateau. C’est la marée basse et l’eau est chargée de sédiments qui la rendent presque opaque, on voit à peine le bout de son nez, ou le bout de ses palmes dans notre cas. Mais le sol disparait rapidement sous nos pieds nous plongeant dans une abysse profonde de bleu royal d’une visibilité surprenante. Quelques coups de palmes plus tard, nous apercevons pour la première fois l’étrave du majestueux paquebot gisant à 25 mètres de profondeur déjà. La visite guidée commence. Pendant qu’on longe la carcasse meurtrie de cet ancien géant de l’océan reposant maintenant paisiblement de côté comme en position foetale, on ne peut s’empêcher de l’imaginer tout flamboyant en train de sillonner de toute sa splendeur les eaux du Pacifique, et se demander comment un tel mastodonte a pu être anéanti si vite par de si petits obus.

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Nous pénétrons dans une cale éventrée dans laquelle on peut apercevoir toutes sortes de machines de guerre, entassées les unes sur les autres, des canons, des camions, des 4x4 GMC et des tanks à l’envers et à l’endroit, tapissés d’algues. Pour des yeux non entraînés, tout ça ressemble à un énorme dépôt de ferraille rouillée. Sur la droite, Lionel tente de nous montrer le fauteuil du barbier qui tient encore fermement sur place, puis la cabine du docteur avec tout le nécessaire de premiers-soins, mais nous sommes tous les deux trop stimulés par tout ce qui se passe autour qu’on est incapables de figer notre regard et notre attention sur une chose. En fait, on est complètement perdus dans ce monde inconnu chaotique. Il va nous expliquer plus tard que souvent, les plongeurs ne retiennent pratiquement rien de leur première plongée au Coolidge tellement c’est difficile de se concentrer lorsque le cerveau doit gérer autant de paramètres et d’émotions internes et externes, l’excitation face à la nouveauté, l’angoisse face à l’inconnu sans parler de l’instinct de survie qui embarque. Parfois, il faut même consciemment se rappeler de respirer. Si si!

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Nous commençons à remonter vers le bastingage escortés par des bancs de milliers de poissons, des champions en nage synchronisée, avant de rebrousser chemin en survolant la coque. Là reposent des barils remplis d’équipement militaire, des casques, fusils, masques à gaz, et autres accessoires que les plongeurs s’amusent à essayer pour des photos inédites. La carcasse du navire est recouverte d’algues, de corail et autres sédiments en tout genre dans lesquels plusieurs organismes vivants ont élus domicile. On aurait dit que la nature tente de camoufler ou d’assimiler cet énorme objet intrus aux fonds marins pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Des nuées de bulles traversent les parois creusées de la coque dénonçant la présence d’autres groupes de plongeurs en exploration dans les dédales des entrailles du paquebot. C’est un moment serein et magique interrompu par un incident bête mais très commun hélas. Mike nage à toute allure vers Lionel et lui gesticule ce qui semble vouloir dire qu’il a perdu la caméra pendant un bref instant d’inattention. La GoPro a (malheureusement) un dispositif de flottaison et elle est remontée comme une fusée à la surface. Lionel se sent obligé d’aller à sa recherche pendant qu’on continue tranquillement notre ascension accompagnés de notre deuxième guide.

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La remontée se fait le long de la corde avec un palier de sécurité à 6 mètres, et un autre à 3 mètres. Pour passer le temps des longues décompressions dépassant parfois la demi-heure pour les plongées de niveau avancé à des profondeurs toxiques, Allan Power a concocté un jardin sous-marin constitué d’anémones, de coraux, et autres polypes parfaits pour la prolifération d’une belle faune colorée et variée. Chaque jour, il plonge pour s’adonner à cette passion pour le moins particulière en déplaçant et en époussetant soigneusement ses coraux. Certains ont leurs jardins de tomates et leurs concombres, Allan a ses coraux.

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À la sortie, nos jauges indiquent que nous avons consommés toute notre réserve d’air alors que notre accompagnatrice n’en a consommé que la moitié en ayant partagé de l’air avec Mike lors des paliers. Ça fait rigoler tout le monde. On était tellement excités qu’on a presque dû battre un record de vitesse de consommation d’oxygène. Mike scrute Lionel alors qu’il sort de l’eau bredouille, pas de trace de la caméra, le courant était trop fort. Adieu GoPro ! Il me regarde avec ses yeux adorables de chiens battus en s’excusant profusément, mais juste avant qu’il verse une larme, Lionel met fin au supplice et sort fièrement la caméra d’une poche de sa veste avec un « Ta Da ! ». Lionel, c’est notre héros !

Comprendre le « President » et la « Lady »

De retour à la shop de plongée, nous prenons le thé avec un Allan soudain plus bavard et allumé alors qu’il nous relate quelques anecdotes sur « son bateau », comment il y a découvert des armes et autres reliques de guerres, de la vaisselle en porcelaine, une fontaine en mosaïque et toutes sortes de trésors inestimables. Il a fait la couverture du National Geographic et a humblement collaboré à plusieurs documentaires et opérations scientifiques. Mais sa plus grande découverte, et celle qui va devenir l’emblème du Coolidge est indéniablement la « Lady », une sculpture céramique en relief d’une dame reposant sur un cheval blanc qui trônait dans le salon fumeur de la 1ère classe. La première fois qu’il a vu la « Lady » à plus de 60 mètres de profondeur, il n’avait aperçu qu’une licorne blanche et a attribué cette vision bizarre à la narcose, communément appelée l’ivresse des profondeurs. Cependant, il revoit cette oeuvre d’art à chaque plongée subséquente, avec de plus en plus de détails jusqu’à finalement se convaincre qu’elle est bel et bien réelle et non un produit de son imagination. Plus tard, la « Lady » va être déplacée un peu plus haut dans la salle de banquet de la 1ère classe à 35 mètres, pour faciliter son accès aux plongeurs. Allan a encore des étoiles dans les yeux lorsqu’il se remémore sa rencontre avec « sa Lady », comme l’histoire de la rencontre de deux amants dont la flamme brûle encore après 30 ans de mariage.

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Allan continue son récit en nous montrant sa collection de photos vintage, des dépêches des Unes des journaux d’époques avec des titres dramatiques bien Hollywoodiens comme « Abandon Ship » ou « The President Gone Down ». Il avait même conservé des publicités authentiques de la croisière à bord du Coolidge ou celles des artisans qui ont contribué à construire le paquebot. Les photos prises par la « Marine » et la « Air Force » américaines le jour du naufrage capturent une atmosphère tragique et des expressions de confusion et de choc dans les visages des jeunes soldats qui échouèrent sur les rivages du Vanuatu ce 26 octobre 1942. Les yeux d’Allan se remplissent d’eau alors qu’il nous parle avec beaucoup d’émotion de la lettre de remerciement qu’il a reçu de la part des soeurs du capitaine qui a périt dans cet incident mais dont le corp a été retrouvé dans l’épave par Allan et son équipe juste 2 ans auparavant lors d’une plongée de routine. Aujourd’hui, le corps décomposé du capitaine repose encore dans l’épave, son cercueil par défaut, mais grâce à Allan, une opération de récupération et de rapatriement a été mis en branle, et le capitaine héros va bientôt pouvoir reposer en paix auprès de sa famille aux États Unis. Malgré tous ses exploits et toutes la reconnaissance dont il a fait objet, cette lettre « banale » reste sa plus grande fierté.

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2ème plongée : à la rencontre de la « Lady »

Nous demandons à Allan et à Lionel s’ils pensent qu’on serait capables d’aller voir la Lady lors de cette deuxième et dernière plongée. Souvent, la Lady n’est visitée qu’à partir de la plongée #4 ou #5 de part sa difficulté d’accès. Ils pensent qu’on est suffisamment à l’aise sous l’eau et qu’on contrôle bien notre flottaison. Par contre on consomme beaucoup trop d’air et on risque d’en manquer si on va voir la Lady située plus loin dans le ventre du paquebot dans un passage étroit à presque 40 mètres de profondeur. En discutant avec ses collègues, on se met d’accord sur un plan: On va nager à 6m de profondeur seulement pour économiser de l’air jusqu’au dessus de la porte la plus proche de la Lady qui va nous permettre de pénétrer dans les entrailles de l’épave, parcourir les couloirs sinueux jusqu’à la sculpture, ensuite on vérifie nos jauges. Si on a déjà consommés la moitié de l’air, on rebrousse chemin. Si on est calme et serein et qu’on consomme de l’air comme des gens normaux, on continue l’exploration de l’épave et on ressort par une autre ouverture à 45 mètres de profondeurs, puis on remonte en faisant des paliers d’enfer à 6 et 3 mètres. Et puis juste pour être sûr, notre « dive master » va prévoir une bouteille supplémentaire remplie d’air avec deux régulateurs qu’il laissera quelque part à 15 mètres en cas de besoin. Ça nous semble comme un très bon plan, Ômmmm !

C’est la marée haute et la visibilité est amélioré. On palme tranquillement à 6 mètres de profondeur en survolant l’épave pendant quelques minutes avant de s’enfoncer dans les abysses. Notre guide pique verticalement la tête la première dans un trou noir qui l’engloutit. Je ne sais pas d’ou m’est venu le courage de faire ça, mais j’expire profondément et je fais de même les papillons dans le ventre et le coeur qui bat la chamade. Je n’aurais jamais pénétré dans un trou sombre dans un tas de ferraille sur la terre ferme de peur de me frotter à toutes sortes de bestioles mais à 30 mètres sous l’eau, on dirait que ma phobie disparait. De l’autre côté de la porte, rassurée de voir Mike se faufiler à son tour dans cette ouverture qui a l’air si étroite, je scanne mon environnement en tournant sur moi même avant de reprendre le contrôle sur ma respiration en suivant du regard notre guide, inébranlable, zen comme un bouddha. Hormis les faisceaux lumineux de nos torches, nous sommes plongés dans l’obscurité totale emprisonnés entre quatre murs submergés sous des tonnes de litres d’eau. Ou est la sortie ? Il ne faut pas y penser.

L’angoisse du début dissipée, on commence à apprécier tous les précieux détails qui se montrent à nous dans les méandres des couloirs du vaisseau parfois illuminés par des puits de lumière azur qui pénètrent par toutes les brèches et hublots, parfois totalement plongés dans la noirceur. Au coeur du paquebot, des rangées de cuvettes de toilette et de lavabos, de la vaisselle parfois intacte, des instruments médicaux, des masques à gaz, des munitions, une machine à écrire, même des canettes de Coca-Cola s’affichent comme autant de témoins d’une vie passée, brusquement figée. Quel gâchis ! La guerre est un gâchis de temps, d’argent et d’humanité.

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Nous continuons notre promenade dans les dédales des entrailles de cette superstructure en passant par plusieurs tunnels, jusqu’à apercevoir au loin la « Lady », l’oeuvre d’art sous-marine la plus photographiée au monde surplombant ce qui était autrefois la salle du fumoir qu’on a pu voir quelques minutes avant sur les photos d’époque. Il est difficile de contenir notre excitation alors qu’on découvre cette icône « en chair et en os ». Les drôles de champignons collés aux murs adjacents sont en fait des chandeliers encore intacts qui ont juste besoin d’être dépoussiérés pour briller à nouveau. C’est fascinant !

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On vérifie nos jauges d’air, nous en avons encore suffisamment pour continuer la visite. Pas de temps à perdre, on suit notre guide qui nous apprend à nous égarer dans le labyrinthe des compartiments de cette gigantesque épave qui regorge de secrets. On se glisse dans de petits failles pour changer de ponts et s’émerveiller à nouveau face à cette cathédrale d’acier taillée dans les superstructures du paquebot. Pendant que lui se faufile avec une aisance et une grace remarquables dans les ouvertures étroites entres les poutrelles, tuyaux, meubles et autres protubérances sur le chemin, nous tentons de le suivre avec hésitation en nous heurtant grossièrement aux obstacles, et en serrant fermement nos régulateurs dans la bouche de peur de les accrocher à quelque chose. Ça peut s’avérer angoissant de nager sous autant d’eau dans cette étroitesse ténébreuse, lugubre, et dramatique. Entourés de cet univers presque extraterrestre, on perd toute notion du temps et de l’espace, on ne discerne même plus le haut du bas, on doit faire aveuglément confiance à notre guide et à nos instruments de navigation. En tout cas, on est maintenant sûrs et certains qu’on n’est pas claustrophobes.

Dans un des compartiments, Lionel nous demande de nous tenir la main, de nous accrocher fermement à une poutre et d’éteindre la lumière de nos torches. On s’exécute sans se poser de questions. Nous sommes maintenant baignés dans la pénombre totale rassurés seulement par la présence de l’autre et par le son de nos respirations qui s’accélèrent subitement. Soudain, on commence à apercevoir des petites lumières qui clignotent comme des dizaines d’étoiles filantes dans le ciel. Ce sont des poissons phosphorescents qui se cachent dans les endroits les plus sombres de l’épave et utilisent leur dispositif de lumière pour attirer leurs proies. Ce spectacle inattendu est magnifique. C’est enivrant, c’est relaxant, ça calme mes palpitations en tout cas.

Il est temps de rebrousser chemin en traversant d’autres coursives qui révèlent les proportions démesurés du paquebot. De maigres interstices laissent pénétrer quelques rayons de lumière qui délimitent une aquarelle bleutée dans le monde du silence. D’une plus grosse ouverture au plafond, on aperçoit un banc de petits poissons nager paisiblement puis déguerpir subitement en se faisant poursuivre par un plus gros poisson comme dans un dessin animé. La lumière qui se faufile entre les cracks nous indique la voie de sortie. Quel soulagement de se retrouver dans l’immensité de l’océan et de enfin pouvoir revoir la surface. Nous vivrons un autre jour pour raconter cette aventure.

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Sur le chemin du retour, nous récupérons la bouteille de secours dont au n’aura pas besoin de se servir et nous remontons vers le superbe jardin de corail d’Allan pour faire nos paliers entourés de poissons tropicaux flamboyants de couleurs, et de coraux vivants en parfaite santé. Cet endroit est un vrai régal pour les yeux. Pour nous en tout cas, le temps semble filer plus vite devant ces anémones qui abritent des poissons-clown, des crabes-porcelaine, et toutes sortes d’autres poissons tropicaux en attendant patiemment d’éliminer notre surplus d’azote et de nous remettre des émotions vécus dans les dédales du Coolidge.

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Pour ceux qui ont lu ce long récit jusqu’à la fin, vous méritez de voir le récapitulatif de nos plongées à bord du Coolidge en vidéo. Allez, action !

Nous ressortons donc de l’eau fiers, emballés, presque euphoriques. Ça va certainement rester une des expériences la plus unique de notre vie. Après seulement deux plongées, l’envie de se perdre dans les méandres de ce mastodonte nous démange encore. C’est donc juste un au revoir Mr President et Ma Lady, juste un au revoir…

Infos pratiques

  • Le SS President Coolidge est mieux exploré lorsqu’on a un niveau intermédiaire à avancé. Certaines sections du paquebot ne sont accessibles que pour les pros, donc ça vaut la peine d’acquérir le plus d’expérience possible avant de se rendre à Santo pour explorer ses méandres. Ceci-dit, l’épave a été aménagée au fil du temps pour permettre même aux novices de s’y perdre de manière sécuritaire, accompagnés d’un guide bien évidemment. Claustrophobes s’abstenir.
  • Allez-y avec les pros d’Allan Power Dive Tours, ceux qui ont tout commencés, ceux qui ont une profonde appréciation de l’épave, de son histoire, de ses secrets et de ses limites, et qui se soucient de votre sécurité avant votre porte monnaie.
  • Si votre budget et votre temps à Santo le permet, prenez le paquet de 10 plongées. Ça revient moins cher de la plongée et ça permet d’explorer tous les points saillants de l’épave (et il y en a beaucoup). Chaque plongée ne fait que vous donner envie de replonger encore et encore.
  • Si votre niveau le permet, ne manquez surtout pas la plongée de nuit avec l’emphase sur les poissons phosphorescents. C’est tout un spectacle !
  • Renseignez vous sur le Coolidge pour mieux apprécier les plongées. Le navire fait l’objet d’un excellent livre « The Lady and the President » de Peter Stone ainsi que plusieurs documentaires dont un filmé mettant en vedette Allan Power.
  • Si vous ne tripez pas trop plongée, il est possible de faire du snorkelling à la surface dans une baie nommée Million Dollar Point dans laquelle les américains, dans un élan de folie peut-être, ont déversés des millions de dollars d’équipement militaire incluant des tanks, des camions, des grues et des pièces d’avion souvent intactes, juste avant de repartir chez eux à la fin de la seconde guerre mondiale.