Le royaume de Tonga, la seule monarchie du Pacifique et la plus petite monarchie au monde, attire surtout des missionnaires chrétiens de toutes les écoles de pensées venus des 4 coins de la planètes, mélangés à une poignée de touristes curieux comme nous à la recherche de l’expérience ultime de nager avec les baleines, ces somptueux mammifères marins qui choisissent chaque année les eaux tempérées et protégées de l’archipel pour mettre au monde leurs petits.

Dès l’atterrissage sur l’île principale de Tongatapu, on ne peut ignorer la présence de plusieurs groupes de locaux vêtus d’un costume sombre et la taille ceinte du traditionnel ta’ovala (natte en végétaux), une sorte d’uniforme religieux dont nous allons distinguer plusieurs versions lors de notre séjour. Nous allons seulement passer 10 jours au Royaume le plus petit au monde, suffisamment pour apercevoir les coutumes mais pas assez pour comprendre cet endroit fascinant et complexe, et les moeurs paradoxaux de ses habitants.

On choisit tout d’abord de faire le tour de l’île en voiture avec Tony de Tony’s guesthouse, un expatrié anglais grincheux mais attachant, qui offre une visite guidée de l’île très informative et saupoudrée de son sens d’humour british plutôt sarcastique. La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il semble y avoir plus d’églises au mètre carré que d’habitants. Chaque petit patelin est parsemé de plusieurs églises et écoles religieuses allant des méthodistes « Free Wesleyan », religion à laquelle adhère la famille royale, aux catholiques des mouvements du « Roman Catholic Church » ou les mormons qui s’appellent ici « The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints », ou encore les partisans du « Church of Tonga » et du « Free Church of Tonga », qui sont deux choses différentes attention. Il y a aussi le groupe du « Seventh-day Adventist Church », quelques chrétiens Anglicains, d’autres qui se disent témoins de Jehovas, des fidèles de « l’assemblée de dieu » (« Assembly of God »), des adhérents de la foie Bahá’í et même une minuscule minorité de musulmans. Bref c’est un cirque, une compétition visible pour l’acquisition ou la conversion de fidèles citoyens obéissants, un spectacle à la limite dérisoire aux yeux du peu de visiteurs qui viennent à Tonga pour autre chose que pour bâtir une autre église ou une autre école religieuse pour faire perdurer ce lavage de cerveaux.

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Tony nous apprend comment distinguer les écoles de mormons des autres. Hormis les grands astérisques érigés sur les façades, ce sont les seules écoles avec des terrains de basket. C’est la nouvelle façon d’isoler les jeunes mormons des autres « mécréants » puisqu’ils ne peuvent jouer qu’entre eux à ce sport importé et adopté par les fidèles de cette croyance uniquement. Dans un des quartier mormon, on aperçoit un signe « English Only » sur le banc d’arrêt de bus interdisant l’accès au bus aux tonguiens qui ne parlent pas l’anglais, la langue des colons. On se serait cru au temps de l’apartheid en Afrique du Sud, ou à l’époque de la ségrégation des noirs en Amérique.

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On emprunte les routes rudimentaires construites par les chinois en échange de permis de pêche dans les eaux riches de l’archipel. L’île de Tongatapu est parfaitement plate, pas de montagnes, pas de volcans, même pas de plaines, ce qui la rend vulnérable aux Tsunamis et aux vents violents du Pacifique. L’île est comme un puzzle composé de parcelles de terre de toutes les formes et les couleurs, certaines bien aménagées produisant toutes sortes de légumes et arbres fruitiers tropicaux, d’autres abandonnées à la sauvage. L’agriculture est la principale activité économique du pays. Le « monument » le plus photographié de l’île est un cocotier mutant à 2 têtes, plus populaire que le palais royal ou les résidences des princesses, ou même les églises. On s’arrête un moment sur les rivages pour observer les « fishing pigs », les célèbres cochons qui pêchent, les « flying foxes », les chauve-souris qui vivent à l’air libre en ville, et les « blow holes », les fameux geyser maritimes qui offrent un spectacle explosif.

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Le soir, on décide d’aller à un dîner spectacle pendant lequel on nous sert un vrai festin tonguien qu’on n’a pas le droit de déguster avant d’endurer un long sermon religieux du propriétaire du lieu, qui se termine par une longue prière solennelle. Tout ça est bien curieux. Au moins, la nourriture était exquise et le show de danse avec le feu était très divertissant.

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Chaque dimanche, la vie s’arrête dans tout le pays. Les commerces n’ont pas le droit d’ouvrir, même pas pour les denrées essentielles, tout le monde est à la messe, toute la journée. On décide d’y aller aussi pour le premier sermon et les chants gospel du matin histoire de satisfaire notre curiosité.  Nous passons ensuite le reste de la journée à « farnienter » sur la belle plage de l’île de Fafa. Il n’y a pas grand chose d’autre à faire un dimanche, et on ne s’en plaint pas.

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C’est quand même désolant de voir comment les indigènes ont été endoctrinés par ces missionnaires chrétiens venus autrefois d’une Europe bourrée de complexes. Lorsqu’ils ont débarqués un jour de leurs voiliers, ils devaient être convaincus qu’eux seuls savaient à quoi devait ressembler la vie des habitants « sauvages » de ce petit archipel, qui s’étaient bien passés d’eux jusque-là. Bien sûr, ils apportaient un message de paix, issu de l’enseignement du Christ, à des peuples qui devaient très certainement être déchirés de luttes tribales et écrasés de tyrannies locales. Les tonguiens sont maintenant « condmanés » à une vie simple d’isolation et de dévotion à dieu, profondément convaincus que le paradis promis par le ciel ne peux s’atteindre qu’au terme d’une vie surchargée de contraintes, d’interdits et de pénitence.

Le peu de temps qu’on est restés à Tongatapu, on s’est senti dans un territoire pillé de ses ressources, son peuple endoctriné, terrifié par les conséquences de leurs actes, déchiré entre les bribes des coutumes et croyances de leurs ancêtres, et l’enseignement de l’église. C’est une tendance qu’on sent et qu’on perçoit sur toutes les îles du Pacifique mais au Royaume de Tonga, c’est poussé à l’extrême.

Etes-vous déjà allé à Tonga ou connaissez-vous quelqu’un de là bas. Avez-vous une perspective différente ? N’hésitez pas à partager vos reflexions dans la section commentaire ci-bas.