Le Pérou ne cessera de nous impressionner. Cette fois, nous nous dirigeons vers le lac Titicaca pour vivre une expérience insolite: Dormir sur une île flottante construite en roseaux. Notre famille d’accueil sont des indiens Aymara descendants d’un peuple pré-inca qui ont élu domicile sur les eaux du lac Titicaca. Récit !

Ma fascination pour le lac Titicaca ne date pas d’hier

Je me rappelle toute jeune être complètement subjuguée par le lac Titicaca. C’est un endroit qui me semblait surréel tiré des légendes de Picsou à la recherche des trésors Incas ou des aventures de Tintin et le temple du soleil. Et puis, le nom Titicaca m’a toujours fait sourire. « Titi! » me disait ma mère lorsque j’étais bébé pour m’indiquer de m’asseoir. Et « caca »… bein caca. Donc « Titicaca » pour moi comme pour beaucoup d’autres, c’est s’asseoir pour faire caca. En revanche, pour les Incas et leurs descendants des peuples indigènes des Andes, la signification est bien plus sacrée fort heureusement. Le lac Titicaca est considéré comme le berceau de la civilisation Inca. Une des légendes raconte que le premier Inca, fils du dieu soleil serait né de l’écume du lac avec comme mission de façonner un nouvel empire dont la capitale serait Cusco, le nombril du monde. Les Incas jadis et leur descendants d’aujourd’hui disent que le soleil se lève au lac Titicaca, traverse la vallée d’est en ouest, pour finalement se coucher à Cusco. Le lac est aujourd’hui séparé entre le Pérou et la Bolivie. Les Boliviens, pour charier leurs voisins Péruviens, ont coutume de dire que « Titi » représente la partie bolivienne du lac, et que « Caca » la partie péruvienne. Vous voyez ? J’ai le même sens de l’humour que les Boliviens.

Imaginez donc mon niveau de fébrilité lorsque nous prenons la route en direction du fameux lac Titicaca qui a nourrit mon imagination d’aussi loin que je me souvienne ! perché à presque 4000 mètres d’altitude, on dit que c’est le plus haut lac navigable au monde. Il s’étend sur environ 8 562 km² partagés entre le Pérou et la Bolivie. Puno, une petite ville sans charme particulier, est la porte d’entrée au lac Titicaca du côté péruvien. C’est donc à Puno que commencera notre exploration de ce lieu mythique.

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Les îles flottantes Uros du lac Titicaca

Il y a des îles flottantes sur le lac Titicaca. Non, je ne parle pas du succulent dessert d’oeufs en neige flottant sur de la crème anglaise. Je parle de vrais îles construites en roseau (« totora » en espagnol) qui flottent sur le lac Titicaca. Il y a fort longtemps, les indiens Uros se sont exilés sur ces îlots flottants pour fuir les raids armés des Collas et des Incas qui leur ont confisqués leurs terres aux rives du lac Titicaca. Aujourd’hui, 2000 indiens Aymaras répartis en 400 familles, habitent sur 85 îles artificielles éphémères entièrement faites en roseau, une plante qui pousse en abondance dans la baie de Puno. Les îles sont éphémères du fait qu’elles sont construites entièrement en matériel biodégradable, la flottabilité étant assurée par une base de racines de roseaux épaisse d’un mètre sur laquelle sont ajoutés environ deux mètres de roseaux. Il est donc nécessaire à intervalles régulières de remplacer les roseaux pourris par des roseaux frais afin de maintenir la structure des îles et éviter de couler. C’est un travail de titan mais un mal nécessaire pour maintenir ce style de vie pour le moins singulier.

Bien que ce soit une expérience insolite et intriguante, la visite des îles Uros provoque souvent une polémique parmi la communauté de voyageurs. D’un côté, on veut encourager les initiatives de tourisme communautaire. D’un autre côté, on déplore le manque d’authenticité et on dénonce les pratiques commerciales parfois exécrables qui y ont lieu. Certains voyageurs vont même jusqu’à douter de la véracité de l’histoire et de l’origine de ce peuple et de leur style de vie. « C’est un cirque créé de toute pièce dans le but de vendre des babioles aux touristes ahuris, » avancent certains. Nous prenons toujours les commentaires négatifs avec un grain de sel mais j’avoue que ces propos nous ont un peu inquiétés. Pour en avoir le coeur net, nous avons décidé d’éviter le tour organisé avec escale sur une des îles flottantes, et nous avons plutôt opté pour un séjour d’une nuit chez Christina et Victor, un couple d’indiens Aymara qui ont convertit leur île flottante en maison d’hôte. Est ce que je risque d’avoir le mal de mer sur une île flottante ? Là est la question.

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Tourisme communautaire sur l’île Uros Khantaki

Notre premier trajet en barque depuis Puno sur le lac Titicaca m’a donné des petits papillons dans le ventre. On dirait que je venais à peine de me rendre compte que je suis bien dans cet endroit magique qui a toujours animé mon imaginaire. Nous nous dirigeons vers l’île Uros Khantaki qui flotte au milieu de la baie de Puno. Arrivés à bon port, nous sommes accueillit chaleureusement par Christina et sa petite famille. Premier constat: Marcher sur une île construite en roseaux totora donne l’impression de marcher sur un nuage tellement le sol est moelleux. Ici, la « terre ferme » n’est pas si ferme que ça. Mais au moins ça ne tangue pas comme sur un bateau ouf soulagement ! Presque tout sur l’île est construit en totora, les maisons, les meubles, les bateaux, il y a du savoir-faire !

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Christina nous explique un peu comment elle a commencé sa business en 2002 après avoir accueillit chez elle 2 touristes anglais à l’époque où le tourisme était presque inexistant aux îles Uros. Grâce aux conseils avisés de ses invités et avec l’aide de la communauté, elle s’est lancé en affaire avec une seule chambre au début et une infrastructure rudimentaire. Aujourd’hui, sa petite île écologique est équipée en énergie solaire, d’un système de composte et de filtrage d’eau et même des toilettes françaises avec une douche chaude (tiède) qu’elle nous montre fièrement. Elle nous explique qu’elle n’est pas allé à l’école mais que ce projet l’a encouragé à entreprendre des études, à prendre des cours d’anglais et des formations en marketing et à s’impliquer dans sa communauté dans un effort d’améliorer les conditions de vie. Elle a ainsi participé à des symposiums pour défendre les droits des peuples indigènes, des femmes en milieu rural et des artisans, efforts récompensés par l’industrie du tourisme au Pérou et ailleurs. Elle s’est découvert un esprit entrepreneurial qu’elle ne pensait pas avoir. Quelle femme inspirante !

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Les Uros Aymara, le peuple des roseaux

Comment les Uros vivent-ils sur des îles en roseaux longueur d’année ? Qu’arrive t-il s’il y a des vagues ? Est ce que ça dérive ? Est ce que tout est étanche ? Où est l’école, l’hôpital, le bureau de poste ? Qui que quoi comment où? Victor répond patiemment à toutes nos questions et nous invite ensuite à l’accompagner pour une séance de pêche à bord de son radeau en totora. Les Uros ne sont pas des agriculteurs (pas étonnant, ils n’ont pas de terre). Leurs revenus proviennent de la pêche, de l’artisanat et du tourisme. La balade au milieu des roseaux est apaisante, et Victor en profite pour nous démontrer ses talents de pêche au filet ainsi que sa technique pour récolter des roseaux bien frais pour maintenir son île.

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Après une bonne soupe au Quinoa et un repas à base de truite du lac Titicaca (grande classe), on en profite pour explorer les lieux et faire connaissance avec la mascotte de l’île, un flamand rose qui a décidé de se sédentariser. Dans ce décor, on oublie presque qu’on est à 4000 mètres d’altitude jusqu’au moment où on aperçoit au loin les cimes enneigées de la cordillère des Andes. Les Uros sont des artisans hors pairs et leurs créations souvent en laine d’Alpaca tous plus flamboyants les uns que les autres ne passent pas inaperçus. On aurait tout acheté mais on a vite calmé nos ardeurs en pensant à la suite de notre aventure. Justement en après midi, Christina nous invite à nous « déguiser » en habits traditionnels pour une petite séance photo. On joue le jeu. Alors, vous en pensez quoi ? Prochaine tendance mode automne-hiver ?

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Une nuit de pleine lune sur l’île Uros

Le coucher du soleil est fantastique. Mais mon moment préféré reste en soirée lorsqu’après un bon repas copieux nous avons pu observer la pleine lune se refléter sur les eaux placides du lac Titicaca, seuls au monde loin des bruits de la civilisation, bercés par le son des vaguelettes qui caressent le « rivage ». Mine de rien, les nuits sont fraîches à cette altitude mais Christina a pris soin de placer des bouillottes dans les lits. Je ne la remercierais jamais assez pour cette douce attention.

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Verdict de la visite aux îles Uros: Attrape-touriste ou passage obligatoire ?

Effectivement, on voit bien que la machine touristique est bien huilée aux îles Uros. Certaines îles ont été construites et mises en scène précisément pour les visites des touristes. Personne ne semble y habiter. Les gens qu’on y rencontre viennent le matin et repartent la nuit comme des employés pour faire leurs démonstrations et vendre de l’artisanat à des prix gonflés. Malheureusement c’est vers ces îles « artificiels » que la plupart des bateaux bondés de touristes convergent. Ils y font généralement une courte escale d’une heure grand max pendant laquelle la plupart des visiteurs se ruent sur les produits artisanaux ou font une courte balade en radeau totora avant de revenir à Puno ou continuer vers un autre circuit. On comprend parfaitement la déception des gens qui se retrouvent dans ce piège à touristes. Il est impossible d’avoir un échange sincère et authentique dans ces conditions.

Le meilleur moyen d’établir un contact plus profond est de séjourner sur une des îles Uros au sein d’une famille. Il serait dommage de passer à côté d’une telle expérience culturelle à cause des tours organisés qui salissent la réputation de cette communauté pré-inca. Les Uros ont beaucoup à donner mais ils se sont retrouvés otages de la machine capitaliste qui a transformée une communauté culturelle riche et bien vivante en Disneyland péruvien. Un homestay donne le temps et l’opportunité à ceux qui le désirent de créer un réel échange.

Nous avons séjourné chez Christina Suana et Victor Vilca sur l’île Uros Khantati que nous recommandons fortement. Petit bémol: le confort sur une île flottante a un prix, et il est bien plus élevé que les hébergements standards au Pérou. Christina est une bonne négociatrice :)

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Exploration des autres îles du lac Titicaca

Pancakes au petit dej avec nos hôtes et la famille élargie qui s’est joint à nous pour les au revoir, puis on embarque à nouveau dans une barque pour la suite de notre exploration du lac Titicaca. Prochain stop: l’île Amantani ! Une île naturelle sans électricité, sans alcool, sans tabac, sans chiens, sans route et sans véhicules motorisés, et surtout sans wifi (aie !). Un retour aux sources, ça va faire du bien. Lisez la suite: Séjour chez l’habitant sur l’île Amantani du lac Titicaca.