Ce séjour au sein d’une tribu Kishwa en Amazonie équatorienne restera gravé à jamais dans nos coeurs. Une aventure humaine hors des sentiers battus, une expérience culturelle des plus enrichissantes et surtout, une bonne leçon d’humilité. Récit!
L’Amazonie, la forêt pluvieuse la plus vaste au monde, le poumon de la planète, est aussi une véritable serre naturelle idéale pour la prolifération des insectes, serpents, araignées et autres bestioles bizarres, gluantes, rampantes et volantes qu’on n’aime pas. Couvrant presque 7 millions de mètres carrés à travers 9 pays, il serait difficile de ne pas passer par l’Amazonie à un moment ou un autre lorsqu’on fait le tour de l’Amérique du Sud. Cette immense forêt tropicale constitue le plus important réservoir de diversité biologique de la biosphère. C’est cette biodiversité qui est l’attrait touristique principal, mais nous étions cependant beaucoup plus intrigués par la richesse socio-culturelle des peuples indigènes de l’Amazonie, ces hommes et femmes qui ont choisis de vivre simplement de ce que leur offre la forêt, et qui luttent insatiablement contre le pillage des ressources naturelles et pour la préservation du patrimoine de leurs ancêtres. C’est pour cette raison que nous avons laissé de côté les séjours très attrayants dans les loges luxueuses de la jungle, et que nous avons optés pour une expérience culturelle immersive dans une petite communauté indigène en Amazonie Équatorienne. Quelle bonne leçon d’humilité ça s’est avérée être!

Un trip comme ça, c’est vachement difficile à organiser. à Quito, nous avons fait le tour des agences de voyage à la recherche d’une expérience authentique, hors des sentiers battus, au sein d’une des multiples communautés autochtones de l’Amazonie équatorienne. Certains, comme les Waorani, vivent dans une jungle profonde, parfois accessible uniquement à vol d’hydravion, sans compter plusieurs heures, si ce n’est pas plusieurs jours de navigation en pirogue ou en canoe. Les Waorani défendent farouchement leur territoire, et les interactions avec les touristes sont rares, très contrôlées et surtout extrêmement dispendieuses. Cette approche quelque peu capitaliste du tourisme culturel nous a refroidies. Une visite de la communauté des A’i Cofán est une autre bonne option à considérer. Ils offrent des ecotours dans une zone de l’Amazonie encore vierge, située à la frontière entre l’Équateur et la Colombie. Très tentant mais ça ne collait pas trop avec notre itinéraire et notre horaire. Finalement, nous avons craqués pour l’apparente sincérité d’une petite tribu Kichwa, qui ouvre ses bras aux visiteurs depuis très peu. Il n’y a pas de brochure, pas de site web, pas de programme précis, seulement deux trois témoignages de personnes qui ont eu le privilège de passer quelques jours avec la tribu. On ne sait pas trop dans quoi on s’embarque, mais on s’embarque.

Notre aventure commence dans le petit village de Puyo, aux portes de l’Amazonie équatorienne. Le trajet en bus à partir de Quito fut quelque peu mouvementé, avec une tentative de vol de notre appareil photo qui a échoué grâce au courage du conducteur du bus, qui a attrapé le voleur littéralement la main dans le sac. Il était tellement fier de son coup lorsqu’il l’a dénoncé aux officiers de police. On comprend mieux maintenant pourquoi personne n’avait mis ses effets personnels dans la soute ou dans les portes bagages, et on vient enfin de comprendre que le conducteur du bus avait tenté de nous mettre en garde en début de trajet… en Espagnol! Bref, on n’avait rien catché, on est vraiment trop nuls. Finalement, tout est bien qui finit bien. On arrive sans bobo à notre destination, Puyo. Un guide est supposé venir nous récupérer à l’auberge le lendemain pour nous accompagner dans la jungle vers le village de la tribu Kichwa qui se nomme Asa Wanchu qui veut dire papillon en langue Kichwa. Avant de dormir, on pratique un peu notre Espagnol chancelant en espérant pouvoir communiquer un minimum avec nos hôtes. Nous sommes quelque peu anxieux ne sachant pas qu’est ce qui nous attend le lendemain. Cette expérience nous sort complètement de notre zone de confort. D’habitude, nous savons ou nous allons, avec qui, quelles activités sont inclues etc. Cette fois, le facteur de l’inconnu est multiplié par 1000, et c’est flippant. Allez, une bonne nuit de sommeil et comme on dit chez nous, tout ira bien Inchallah!

JOUR 1: EN ROUTE CHEZ LES ASA WANCHU

Au petit matin, notre guide, Félix, nous rejoint à l’auberge. Première surprise: Contrairement à ce qui nous a été promis, il ne parle pas et ne comprend pas un seul mot d’anglais, ni aucune autre langue commune de ce fait. Durant 4 jours, ça va être Espagnol et Kichwa et langage de signes, le bonheur! Deuxième surprise: Felix n’est pas vraiment un guide. Il est lui même un membre de la tribu Asa Wanchu, qui a été désigné par sa communauté pour nous « babysitter » durant notre séjour. C’est un jeune homme qui, du premier abord, a l’air perdu, super timide et introverti, à la limite mal à l’aise. Et puis troisième surprise: Nous sommes les 2 seuls « étrangers » qui vont être dans le village, pas un seul autre touriste dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, youpiiii???

Avec Félix, on prend un autre bus vers Arajuno, un autre minuscule petit village à quelques heures de route à travers un chemin accidenté qui traverse la forêt dense. On se sent de plus en plus éloignés de la civilisation. Les routes pavés font places à des pistes, les maisons deviennent des huttes. À travers la fenêtre du bus, on peut apercevoir plusieurs jeunes femmes, enceintes jusqu’au cou, un bébé sur le dos, un ou deux autres bambins qui traînent derrière, transportant plusieurs sacs en paille de provisions. Elles mettent des grosses bottes en caoutchouc et brandissent de grosses machettes dans les mains. Disons qu’elles n’ont pas l’air très commodes.

Durant le trajet, nous avions déjà épuisés le peu de vocabulaire qu’on connaît en Espagnol en conversant avec Félix des sujets basiques: la météo, d’ou on vient, quel âge on a, ou on va… La barrière de langue va être tellement pénible à surmonter. Arrivés au village, Félix nous explique que nous devons marcher 5h dans la jungle pour rejoindre sa tribu. Il insiste pour qu’on remplace nos bottes de trek super confos par des bottes de caoutchouc qu’il a achetés pour nous au village. On comprendra mieux pourquoi plus tard. Dans sa petite cabane en bois, on enfile tous notre attirail de guerriers, on s’approvisionne d’eau, et on s’engouffre sans plus tarder dans la jungle.

Felix notre guide asa wanchu

Notre guide Felix de la tribu des Asa wanchu

Le chemin est boueux, et je parle ici de boue jusqu’aux genoux, d’ou la nécessité des belles bottes en caoutchouc. Chaque mauvais pas dans la boue visqueuse demande un effort prodigieux pour s’en extraire. La chaleur est torride. L’humidité est écrasante. On se liquéfie, littéralement. Plus on s’engouffre dans la jungle, plus la végétation devient dense et le chemin plus étroit. À certains endroits, il n’y a plus vraiment de chemin, et la forêt est tellement compacte que Félix doit nous frayer un passage en tranchant des branches, des troncs et des lianes à l’aide de sa machette. On se croirait dans un film d’Indiana Jones. Félix n’est plus gêné du tout. Maintenant qu’il est dans son élément, c’est une toute autre personne que celle qu’on a rencontré plus tôt en ville. Après 5h de randonnée à travers ce sauna géant, on arrive enfin à un pont suspendu de fortune, la porte d’entrée au village de la tribu Asa Wanchu. Nous avons réussis!

Nous sommes exténués, bien crades, emboués, gluants de sueurs, vraiment pas présentables, mais l’accueil de Félix et son adorable petite famille est tellement chaleureux et sincère que nous en oublions presque notre état piteux. Ha oui, nous sommes aussi affamés. Heureusement, on nous a concocté un mets local bien nutritif et absolument délicieux, à s’en lécher les doigts. Ça fait bien plaisir !

Notre chambre chez les Asa wanchu
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Asa wanchu en amazonie equatorienne

Asa wanchu en amazonie equatorienne
Asa wanchu amazonie equatorienne

Asa wanchu en amazonie equatorienne

Asa wanchu amazonie equatorienne

Repas avec les Asa wanchu en amazonie equatorienne
Repas avec les Asa wanchu en amazonie equatorienne

Repas avec les Asa wanchu en amazonie equatorienne

Repas avec les Asa wanchu en amazonie equatorienne

Le ventre plein, on va découvrir ce qui va être notre chez nous pour les prochains jours. Il n’y a évidemment ni eau ni électricité. Notre chambre est rudimentaire mais préparée avec beaucoup de soin. Felix nous offre des savons biodégradables tout usage et nous invite de suite à mettre nos maillots de bain pour aller prendre une bonne douche… dans la rivière. C’est une première ! C’est ainsi qu’on descend la petite cavité rocheuse vers le lit de la rivière et qu’on se shampouine et se savonne dans ses torrents. L’eau est surprenamment tiède. Des mini poissons chirurgiens se joignent à nous pour une séance d’exfoliation naturelle, et une fish pédicure gratuite. Ils s’appellent les Garra rufa et avec leurs bouches ventouses, ils se nourrissent de peau mortes et sont ainsi connus pour leur capacité à traiter des symptômes de peau tels que l’eczéma et le psoriasis. En tout cas, ça chatouille à fond, fou rire garanti hi hi ! On se fait ensuite sécher au soleil. À ce moment là, repus, reposés, et rafraîchis, nous sommes envahis par un gros sentiment de bonheur ! Comme le dirait Balou dans le livre de la jungle:

« Il en faut peu pour être heureux                              vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire                             Un peu d’eau fraîche et de verdure
Que nous prodigue la nature                                     Quelques rayons de miel et de soleil.
Chassez de votre esprit tous vos soucis                 Prenez la vie du bon côté
Riez, sautez, dansez, chantez                                   Et vous serez un ours très bien léché !
Et tu verras que tout est résolu                                Lorsque l’on se passe
Des choses superflues                                               Alors tu ne t’en fais plus.
Il en faut vraiment peu, très peu, pour être heureux. »

De sages paroles d’un sage ours :)

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Le soir venu, on gribouille un court texte pour nous présenter en espagnol en s’aidant d’une app de traduction sur le iphone, on installe les moustiquaires sur nos lits, on se munit de nos lampes frontales et on rejoint nos hôtes pour un autre repas copieux, puis une cérémonie de bienvenue avec chant et chorégraphies de danses que la communauté à préparé spécialement pour nous deux. Nous sommes gênés de tant d’attention. Le chef de la tribu présente tout le monde, et nous explique un peu l’histoire des Asa Wanchu, leurs croyances et convictions, leur intense connexion avec leurs terres, leur attachement aux valeurs de leurs ancêtres et leur profond respect pour la nature. Entre eux, ils parlent Kichwa, leur langue maternelle, mais en notre présence, ils parlent Castillan. Ils refusent d’appeler la langue espagnol « l’Espagnol » car pour eux ça limite la culture à une seule région géographique d’Europe, l’Espagne, les conquistadors de l’Amérique du sud, alors que le terme « Castellano » se réfère à la langue espagnole dans toutes ses nuances. On ne comprend pas tous les mots mais étrangement, on arrive à déchiffrer pas mal tout. La nécessité rend intelligent. Par contre, pour nous, s’exprimer en espagnol est une toute autre paire de manche.

10h du soir, il est temps d’aller faire dodo. En rentrant dans notre chambre, mon pire cauchemar se matérialise. Vous devinez ? Notre chambre est envahie par des centaines de sales bestioles qui s’excitent sous la lumière de nos torches. Elles sont énormes, et non je n’exagère pas. Tout est dopé aux stéroïdes en Amazonie même les cafards, quelle horreur ! Il y avait des sortes de cafards qui rampaient par dessus les moustiquaires. Il y en avait même un géant qui a réussi mystérieusement à se glisser dans le lit de Mike malgré le moustiquaire. J’en ai des sueurs froides. Je panique. Je veux rentrer chez moi. Mamannnnn ! Qu’est ce qu’on fait ? Mike chasse ce qu’il a pu chasser muni d’un balai pendant que je pleurniche dehors. On décide de dormir ensemble dans le même minuscule petit lit qui n’a pas été pénétré par les insectes en sécurisant bien comme il faut le moustiquaire en dessous du matelas. Malgré mon angoisse extrême, je m’endors assommée par la fatigue. Je me réveille au petit matin enroulée comme une momie dans les draps, dans la même position que je me suis endormie la veille pétrifiée de peur. Sans ouvrir les yeux, je réveille Mike à côté pour qu’il fasse une inspection. « Le champs est libre ! Je répète, le champs est libre ! », s’exclame Mike d’un ton moqueur. C’est vrai que c’est risible après coup. Il faut absolument que je trouve un moyen de surmonter cette phobie.

JOUR 2: L’EXPLORATION DE LA JUNGLE

On se doute que Félix nous réserve une journée bien active à la vue du petit déjeuner bien protéiné qu’il nous sert ce matin. En effet, on enfile nos bottes en caoutchouc, on remplis nos sacs d’eau et on s’engouffre de nouveau dans la forêt. Sur le chemin, on va avoir un cours intensif sur les plantes médicinales de l’Amazonie. À chaque 10 mètres, Félix pointe un tronc d’arbre, une feuille, une fleur, un champignon, une racine, des choses à l’apparence banale qui s’avèrent être des cures efficaces contre un bon nombre de maux et maladies, ou tout simplement des produits cosmétiques naturels ou des aliments comestibles. Ce savoir est primordial pour la survie en terrain hostile si loin de la civilisation, et il se transmet de génération en génération de bouches à oreilles depuis des décennies.

la flore de la jungle de l'amazonie
Plantes médicinale de l'amazonie

Champignons en amazonie

plante médicinale en amazonie

fleur médicinale de l'Amazonie

fleur médicinale de l'Amazonie
parasol végétal en amazonie

Champignon médicinaux de l'amazonie

Plante médicinale de l'amazonie

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On ne sait pas trop ou on s’en va puisqu’il n’y a plus aucun chemin apparent, mais Félix a l’air de savoir, alors on le suit aveuglément. C’est impressionnant comment il réussit à se retrouver dans ce labyrinthe de végétation sans aucun point de repère, du moins, nous on n’en aperçoit aucun. 2h de marche plus tard, on commence à entendre des crépitements de ce qui semble être un cour d’eau. Le bruit et l’humidité s’intensifient à mesure qu’on gagne de l’altitude en escaladant une grande falaise rocheuse. Tout en haut, nous sommes accueillis par un spectacle magnifique tout à fait inattendu. Une cascade d’eau fraîche se déverse dans une piscine naturelle aux reflets émeraudes. L’eau est invitante par cette chaleur torride. Félix plonge la tête première sans aucune hésitation. Le temps d’enfiler nos maillots de bain à l’abri des regards dans la grotte avoisinante, et on fait de même. Nous sommes rejoins quelques minutes plus tard par les enfants du village qui sont apparus de nul part. Tout le monde patauge, s’asperge et rit aux éclats. Ça fait du bien de retomber en enfance un instant.

cascade au milieu de la forêt amazonienne

Cascade secrète en amazonie
Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cascade secrète en amazonie

Cette petite saucette nous a bien revigorés et avec ce boost d’énergie, le chemin du retour semble bizarrement plus court. On traverse cette fois quelques clairières puis une forêt d’arbres géants centenaires, avec des troncs si larges qu’ils pourraient abriter une maison. Ils ont l’air indestructibles. Malheureusement, ces puissants conifères sont en danger à cause de la déforestation massive de l’Amazonie. Le plus vieil arbre qui se tient fermement aussi haut qu’un gratte ciel est vénéré par les anciens. On peut facilement comprendre pourquoi.

arbre géant en amazonie
arbre géant en amazonie

De retour au village, on se prépare un barbecue à l’amazonienne avec du poulet fermier accompagné de drôles de noix grillées, les champignons qu’on a récoltés le matin même dans la forêt, et d’autres racines, fruits et légumes qu’on ne saurait nommer. On nous a expliqué ce que c’était mais c’était en espagnol, alors on a juste hoché la tête en signe d’approbation et on s’est contentés de tout dévorer. On a quand même pris des photos avant :) On mastique de la canne à sucre brute en dessert. C’est délicieux !

Barbecue chez les asa wanchu

barbecue en amazonie

Repas amazonien

repas en amazonie

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Canne à sucre en dessert

Nous sommes toujours en Amazonie donc il fallait bien qu’une sale bestiole s’invite à la fête. Je vous présente notre amie la tarentule qui se dorait les poils au soleil juste derrière ma chaise bien évidemment. Le saut que j’ai fait en la voyant en poussant un cri strident m’aurait fait gagné une médaille d’or aux olympiques. « Est ce qu’elle est venimeuse ? », demande Mike d’une voix tremblotante. « J’espère qu’il va dire non, j’espère qu’il va dire non », moi dans ma tête. Et Félix qui répond calmement: « SIIIII ! Pero no problemo, no problemo ! ». Ha bon ?

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L’après midi, une pluie torrentielle s’abat sur nous soudainement sans prévenir. Il faut dire que ça fait quand même du bien. La chaleur de l’Amazonie est étouffante et ces gros orages tropicaux nettoient et rafraîchissent le fond de l’air (et font disparaître les insectes pendant un bref instant). On en profite pour jouer avec Félix et le reste de la communauté à un jeu d’adresse typique de leur tribu, la « Sarbatane » à l’ancienne, autrement dit, le tir de fléchettes sur cible à l’aide d’un long tube avec une embouchure qui propulse par le souffle de petits projectiles. Les enfants sont hilarants. Ils font la course à qui va aller chercher les fléchettes sur la cible sous la pluie violente en pataugeant pieds nues dans la boue. Les ados nous montrent fièrement comment ils fabriquent des pièges artisanaux pour attraper du petit gibier, et on s’amuse avec les plus jeunes à activer les mécanismes. On ne parle pas la même langue mais on se tape de bons fous rire pareil. Le jeu, c’est un langage universel.

orage en amazonie

orage en amazonie

tir aux flechettes asa wanchu

tir aux flechettes asa wanchu

tir aux flechettes asa wanchu

tir aux flechettes asa wanchu

méthode de trappe artisanale

Le soir venu, on se regroupe autour d’un souper copieux qu’on déguste à la lumière frêle des chandelles. La fraîcheur et la diversité des mets qu’on nous sert continue à nous surprendre. Nous sommes gâtés. La malbouffe de la ville, les aliments transformés, les fruits et légumes génétiquement modifiés, les boissons édulcorées, les colorants et conservateurs et autres OGMs ne nous manquent pas du tout.

Asa wanchu

repas du soir asa wanchu

repas du soir asa wanchu

Les soirées en Amazonie sont terrifiantes. On entend juste les bruits de toute la vie qu’il y a autour sans rien pouvoir voir. Je suis encore traumatisée par le spectacle de tous ces insectes qui se sont invités chez nous la veille. Mais ce soir dans notre cabanons, il n’y a pas d’insectes du tout. À l’odeur de goudron qu’on peut légèrement encore sentir, on suspecte que les femmes du village ont aspergés les alentours de notre bungalow d’un cocktail anti-insectes en réponse à mes cris de détresse et de désespoir la veille. Je suis enfin soulagée mais attention, je reste alerte !

JOUR 3: COMPRENDRE LA CULTURE KICHWA

Aujourd’hui, on va à l’exploration d’une autre partie de la jungle qui mène vers les miradors les plus hauts qui permettent de voir jusqu’où s’étend tout le territoire des Kichwas. L’ascension à travers cette nature hostile est crevante. Le sol est boueux et glissant, les feuillages sont touffus, les branches des arbres sont enchevêtrées pour former des barrières infranchissables, les plantes sont épineuses, certaines sont venimeuses, il ne faut surtout toucher à rien. Ouf, nous ne sommes clairement pas les bienvenues ici, la nature sauvage ne se laisse pas faire. Les araignées ont tissées des toiles collantes partout pour emprisonner leurs proies, les fourmis et les mouches piquent, les moustiques et autres petits vampires ne manquent aucune occasion de sucer notre sang, toutes les bestioles volantes, rampantes et sautillantes s’excitent à notre passage. Elles semblent être immunisées contre nos crèmes DEET anti moustique ridicules de ville. Félix, lui ne semble pas souffrir du tout.

Arrivés en haut, nous sommes trempés de sueurs de la tête aux pieds. Du haut de notre tour d’observation naturelle, Félix nous pointe les limites de chaque territoire et nous explique comment sont réparties les terres entre les différentes tribus. Il nous explique aussi comment ils font pour s’orienter dans la jungle et pour demander de l’aide s’ils sont perdus. Il joint ses deux mains ensembles, et en soufflant dedans comme dans une trompette, il émet différents sons qui semblent être un code commun de communication entre les habitants de la forêt, leur propre code morse. Après quelques secondes, on entend ce qui semble être de l’écho, mais qui est en fait la réponse d’un autre membre de la tribu enfoui non loin de là dans la forêt. Félix peut ainsi se fier à son ouïe et suivre la provenance du son afin de s’orienter en direction de ses compagnons. C’est aussi simple que ça.

la faune hostile de l'amazonie
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la faune utile de l'amazonie
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au beau milieu de l'amazonie

méthode de localisation en amazonie

Sur le chemin du retour, on s’arrête pour visiter rapidement l’école primaire de la communauté. Tous les enfants y vont pour apprendre les langues Kichwa et Espagnole, et les bases en mathématiques et sciences humaines. Le reste de l’éducation secondaire doit se faire au village à plusieurs heures de marche d’ici, et les études supérieures sont uniquement pour la petite minorité qui ira peut-être s’installer plus tard en ville. La communauté Kichwa ici est autonome. Ils arrivent à subsister de la nature sauvage environnante en plus de quelques plantations de fruits et légumes et quelques animaux d’élevage qu’ils se troquent entre eux contre d’autres produits et services, comme à l’ancienne. Il ne semble pas y avoir d’attachement aux biens matériels, il n’y a pas de guerre de clan, pas de crime, pas de conflits majeurs, pas de système hiérarchique politique ou social, juste un mode de gouvernement traditionnel basé sur des principes démocratiques et un système primitif d’entraide communautaire qui a l’air de bien les satisfaire. Ça a presque l’air trop parfait pour être vrai.

école primaire Asa wanchu

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école primaire en amazonie

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élevage en amazonie

De retour à notre campement, je veux immortaliser ces visages souriants, ces regards malicieux, espiègles, curieux, joueurs des enfants de la tribu, et peut-être leur offrir un souvenir indélébile de notre passage parmi eux. C’est le moment adéquat pour sortir mon appareil photo Polaroïd. Les petits comme les grands ont des étincelles dans les yeux lorsqu’ils voient surgir de mon drôle d’appareil photo, un petit bout de papier sur lequel apparaît graduellement leur portrait. C’est magique ! Pour certains, c’est la première fois à vie qu’ils se voient en photo et l’expression sur leurs visages est inoubliable. C’est ma session photo préférée à date.

le peuple des asa wanchu
le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu
le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu
le peuple des asa wanchu

Mike qui joue au guerrier Asa wanchu
le peuple des asa wanchu

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le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu
le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu

le peuple des asa wanchu

Il est encore tôt. On décide de faire une petite sieste avant d’aller prendre un autre bain dans la rivière et se préparer pour la soirée. Étendus sur le dos, on remarque ce qui ressemble à un tuyau en métal accroché au milieu du toit en paille du cabanon, quelques mètres au dessus de notre lit. « À quoi ça sert ? Qu’est ce que ça pourrait bien être ? » Mike se questionne. Je réponds de façon désintéressée: « Ça doit être un truc de ventilation ». « C’est bizarre, il me semble que ce n’était pas là ce matin. Quand est ce qu’ils l’ont installé ? », décidément il ne lâche pas le morceau. « Je ne sais pas. Laisse moi faire une sieste si toi t’as pas sommeil », je rétorque d’un ton agacé. Mike s’en va traîner un peu avec Félix et les autres dehors. Je les rejoins 30 minutes plus tard tout sourire, rafraîchie et reposée de mon « power-nap ». Pendant qu’on regarde les photos avec les enfants, on voit plusieurs personnes s’agglomérer soudainement autour de notre cabanon, et débattre à haute voix en pointant le toit du doigt. On les voit ensuite rentrer et sortir avec toutes nos affaires dans les bras. Félix, le teint blafard et le sourire jaune nous explique qu’ils ont aperçus un serpent venimeux sur le toit de notre cabanon et qu’il serait plus prudent de changer de chambre. Et Mike qui s’écrit: « Je le savais ! Tu vois ? ». Bref, j’ai dormi 30 minutes en dessous d’un serpent venimeux que je pensais être un tuyau de ventilation (pas de photo à l’appui). Morale de l’histoire: Je devrais plus écouter mon mari.

Ce soir, ça va être notre dernière soirée avec les Asa Wanchu et ils ont prévus une soirée toute en musique autour d’un feu de camp, pour nous remercier de notre visite. Les petits et les grands se joignent à la fête. La gêne s’est maintenant évaporée. On se sent comme une petite famille, mais c’est tellement frustrant de ne pas pouvoir exprimer toute notre gratitude en espagnol.

Feu de camp avec les Asa wanchu

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JOUR 4: LE RETOUR À LA CIVILISATION

Aujourd’hui, c’est un réveil bien matinal avant l’aube en même temps que tout le monde, pour une fois. On nous sert de la Chicha, une boisson ancestrale préparée comme le veut la tradition indienne à base de maïs, d’arachide (mani) ou de manioc (yuca) qu’ils laissent fermenter pendant plusieurs jours, parfois même des mois. Ici, le manioc est préparé par mastication par les femmes de la tribu, et seulement par les femmes. Oui, vous avez bien compris, les femmes mastiquent le manioc dans leurs bouches ou parfois crachent directement dans la cuve de macération. La salive permet de provoquer ou d’accélérer la saccharification. C’est une boisson très énergisante qu’ils boivent tous les jours à longueur de journée. Ils la servent dans un tutumi, une sorte de bol fait avec la coque d’un fruit tropical. On serait trop mal élevés de refuser un tel honneur. Nous sommes rejoins par le père de Félix, un Chaman qui va faire un court discours et une prière avant de remplir un bol de ce breuvage laiteux qu’il va faire passer de main en main, pour que chacun à tour de rôle boit du précieux liquide. Un grand moment de convivialité et de partage que je ne veux surtout pas gâcher. Je retiens ma respiration discrètement et j’avale une grosse gorgée sans faire de grimace. Mike boit tout le bol sans cligner des yeux et pousse un long gémissement de contentement: « mmmmmmm, muy bueno ! ». La vérité: Ça goûtait le jus de chaussette chaud fibreux qui pue. Mike est juste meilleur acteur. Ark !

chicha en amazonie
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Le groupe procède ensuite à une sorte de cérémonie de baptême. Pour nous accueillir symboliquement au sein des Kichwas, on nous donne des surnoms qui correspondent à notre personnalité, à ce qu’on dégageait durant notre bref séjour parmi eux. Je m’appelle dorénavant « Pakcha » qui signifie cascade et Mike se prénomme « Rumi » qui signifie pierre ou roche grenouille. Le chaman nous explique pourquoi la communauté à choisi ces surnoms en particulier, mais on ne comprend malheureusement pas grand chose. C’est tellement frustrant ! On aurait dû apprendre l’espagnol.

Pour finir, les femmes nous offrent des cadeaux fabriqués de matériaux végétaux de la forêt tropicale. Pour moi une parure de boucles d’oreilles, colliers et bracelets. Pour Mike, un collier et un bracelet et un bol tutumi pour boire de la Chicha. Nous sommes honorés mais surtout vraiment gênés d’avoir monopolisés leur temps et absorbés autant d’attention. On ne sait pas ou se mettre. On ne s’attendait pas du tout à autant de générosité. Nous remercions tout le monde d’avoir partagé tous ces moments intimes et précieux avec nous et d’avoir été aux petits soins. Nous espérons juste que cette expérience ait été aussi enrichissante pour eux qu’elle ne l’a été pour nous. Adieu tribu des Asa Wanchu ! Merci !

Il est temps de repartir affronter les kilomètres de jungle épaisse vers la civilisation. Au petit matin comme ça, la faune et la flore de la jungle se réveillent tranquillement. Le sol est humide. la forêt grouille de vie. C’est une compétition farouche pour la survie. Les lianes s’enroulent sur les troncs d’arbres comme pour les étrangler pendant que les racines des arbres percent la roche des montagnes pour pénétrer le sol. Cette démonstration du paradigme de la vie et de la loi du plus fort est fascinante en Amazonie !

humidité de la forêt amazonienne

la flore de l'amazonie
la flore de l'amazonie

la vie dans l'amazonie

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la flore de l'amazonie
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Sur le chemin du retour, Félix nous annonce que nous sommes les seuls visiteurs étrangers qu’ils ont reçus cette année. Ils ont reçu 4 ou 5 personnes l’année précédente, c’est tout. Nous n’en revenons pas. Ils aimeraient inviter plus de personnes mais ils ne savent pas trop comment s’y prendre et les agences de voyage ne montrent pas beaucoup d’intérêt à ce genre d’expérience. Ils préfèrent envoyer les touristes vers des circuits plus organisés et plus rodés dans les loges et des chaînes hôtelières avec des infrastructures plus adaptées, pour éviter les surprises et maximiser les profits. Mon opinion est partagée. Je n’aimerais pas voir une communauté aussi authentique se faire corrompre par l’appât du gain et se transformer en faux village de vacances pour les touristes occidentaux souvent trop exigeants, les enfants devenir des bêtes de scène pour les touriste à la recherche « d’exotisme ». En même temps, ces petites tribus ont besoin d’un support financier pour continuer à subsister de cette manière. Il y a peut-être un juste milieu, un parfait équilibre à atteindre.

Ces 4h de trek ont été les plus difficiles et les plus pénibles que nous avons jamais fait. Le climat de la jungle est sans pitié. On arrive au village le plus proche, les pieds en compote, la peau crasseuse, badigeonnés de boue, les cheveux collants, un état pitoyable. Félix nous invite à nous laver dans une douche à l’air libre dans la cours d’une baraque, sans portes. Nous sommes trop désespérés pour refuser une tel offre. On se fabrique un rideau de fortune avec une des serviettes et on s’empresse de se laver à l’eau glaciale. Ça fait du bien !

On partage un dernier repas au village et il est temps de dire au revoir à Félix aussi, qui doit en avoir marre de nous à ce stade. Le trajet de bus vers Quito est spécial. Il pleut à l’intérieur du bus. Le chauffeur tripe sur de la musique psychédélique des années 80, et on s’arrête à chaque petit patelin. Mais tout ça, ce n’est plus bien grave…

LE VERDICT

L’accueil chaleureux de la tribu Asa Wanchu nous as carrément fait oublié les piqûres d’insectes, les serpents, les araignées, la chaleur torride, les pluies torrentielles et les belles randonnées dans la boue, les ampoules aux pieds, les vêtements qui puent, et toutes les autres bonnes choses que nous a réservée l’Amazonie. Nous avons été profondément touchés par la bonté et la générosité de ce peuple qui nous a ouvert les bras sans complexe, sans prétention. Une aventure humaine hors des sentiers battus, une expérience culturelle des plus enrichissantes et surtout, une bonne leçon d’humilité.