Difficile de croire qu’on allait se retrouver dans un désert de dunes du calibre des fameux déserts d’Arabie à peine à quelques heures de bus de la métropole Lima. Et pourtant… 5h de bus plus tard, à travers des paysages féériques de plages désertes, de monts et de vallées de pierres et de sable, s’élève Huacachina, un minuscule petit village oasis enfoui au beau milieu d’un immense désert de dunes de sable blanc. Ce n’est pas le genre de décor qu’on associe forcément au Pérou. 

Dans le bus, on fait la connaissance d’un couple de québécois, Philippe et Catherine en voyage à travers le Pérou. On fait notre bout de chemin ensemble jusqu’à la ville de Ica, la porte du désert. On y arrive de nuit. Aux premiers abords, la petite ville a l’air chaotique, pas du tout à l’image des autres villes péruviennes. Des centaines de motos-taxis improvisés sillonnent les ruelles asymétriques sous une belle symphonie cacophonique de klaxons. Notre mini taxi clinquant réussi tant bien que mal à nous mener à destination quelques minutes en dehors de la ville, dans ce qu’il prétend être l’oasis Huacachina. C’est si proche de la ville ? Peut-être que le chauffeur de taxi n’a pas compris ou on voulait aller. On se demande sincèrement si on ne s’est pas trompé de région ou même de pays en venant ici dans ce qui semblait être, dans les photos en tout cas, une destination si lointaine et inaccessible. Il fait trop sombre, on en aura le coeur net le lendemain.

Au réveil, nous découvrons à notre grande surprise les dunes de sable gigantesques qui nous entourent. Oui, on doit être à bon port. L’oasis est constituée d’un lagon bleu vert entouré de palmiers, le tout encerclé par des auberges, hôtels, restos et autres installations touristiques en tout genre. La légende court que chaque année, une sirène vivant dans le lagon s’empare de la vie d’un homme en le noyant impunément. Il y a d’ailleurs une statue érigée en son honneur à laquelle certains locaux font encore des offrandes. Il serait plus plausible d’associer les noyades fréquentes dans ce lagon à l’insouciance des quelques jeunes péruviens en état d’ébriété, et qui plus est ne sont pas de bons nageurs, qui décident de faire un p’tit plongeon au terme d’une soirée bien arrosée. D’autres puritains spéculent que les noyades fréquentes seraient dues aux crampes musculaires causées lorsque les eaux chaudes à la surface se mélangent aux eaux glaciales des profondeurs. Sirène mangeuse d’hommes, courants d’eaux meurtriers ou pas, malgré la canicule, je ne mettrais pas le bout des orteils dans les eaux verdâtres de ce lagon à l’apparence marécageuse. Par contre, je ne dirais pas non à une petite marche dans les dunes de sable pour admirer le magnifique panorama.

Oasis de Huacachina au Pérou
peru-huacachina-07654
peru-huacachina-07673
peru-huacachina-07719
peru-huacachina-07708
peru-huacachina-07751

Le soleil est au zénith, le sable est devenu trop brûlant. On reviens s’abriter dans la fraîcheur et  l’ombre de l’oasis. Elle est minuscule. On fait le tour à pied en quelques minutes, et on peut facilement cramer pendant ces quelques minutes tellement le soleil tape fort. Des couches épaisses d’écran solaire sont de mise. Ici, loin du stress de la ville, c’est ambiance baba cool. On se lève tard, on se couche tard, on mange de la nourriture organique vendue bien trop chère, on achète les oeuvres d’art des hippies du coin, on « jam » à la guitare et on s’amuse comme on peut dans le sable. L’activité principale est le flânage. Les deux autres activités les plus populaires sont le « dune buggy » et le « sandboard« . On décide d’essayer les deux (les trois).

peru-huacachina-07688
peru-huacachina-07755
peru-huacachina-07781
peru-huacachina-07763
peru-huacachina-07765
peru-huacachina-07756
Du sable dans les chaussures à Huacachina
peru-huacachina-07752

Notre véhicule tout-terrain « dune buggy » est un vrai mastodonte, construit à l’arrache avec ce qui a l’air d’être un chassis colossal de camion, des roues massives de véhicules lourds, une carrosserie métallique mastoc ouverte peinturée couleurs néons, et un moteur résonnant aussi tapageur qu’une dizaine de grosses Harley Davidson. Nous sommes ligotés à nos sièges tel des pilotes d’avion de chasse, et nous traversons ainsi la petite ruelle qui entoure l’oasis de façon très indiscrète en faisant vibrer la chaussée, les vitres, et les murs, et en activant les systèmes d’alarme de toutes les voitures sur notre passage. Arrivés aux premières dunes de sable, notre conducteur appuie bien fort sur le champignon ce qui nous propulse violemment sur les monts sablonneux. Au sommet, la vitesse éclair à laquelle nous dégringolons les dunes nous coupe quasiment le souffle. C’est pire que les montagnes russes. Mike rigole à pleines dents de manière incontrôlable. Je reconnait son fou rire nerveux qui veut souvent dire: « c’est tellement dangereux, j’ai vraiment peur mais c’est trop cool ! » Moi je crie comme une fillette. Les autres passagers avec nous sont muets comme des carpes alors que je m’époumone tout le long du trajet. Notre pilote est un vrai taré.

peru-huacachina-07816
peru-huacachina-07813
peru-huacachina-07789
peru-huacachina-07821
peru-huacachina-07859

Le désert de sable a l’air de s’étendre indéfiniment. On s’arrête au sommet d’une des dunes les plus hautes pour s’essayer au sandboard. Les planches sont faites de bois rigide avec un élastique moue pour tenir les pieds en place. Naaaaa j’ai beaucoup de respect pour la force de la gravité terrestre, je décide de faire ma première (et dernière) descente sur le ventre, je ne suis pas d’humeur casse-cou aujourd’hui. Mike s’essaie sur la planche debout et évidemment, doué comme il est pour tous les sports de glisse, il est le seul à réussir sa descente comme un pro. La classe ! Voici à quoi ressemblait ma performance olympique à la discipline du sandboard. Oui j’assume ma nullité, j’assume…

peru-huacachina-07842
peru-huacachina-07803
peru-huacachina-07835
peru-huacachina-07822
peru-huacachina-07855
peru-huacachina-07852

Une des filles de notre groupe se blesse au sandboard en glissant beaucoup trop vite sur son ventre. En bas de la pente, elle ricoche sur une petite bosse, se cogne la mâchoire sur la planche et s’ouvre le menton. Personne n’est équipé ni formé pour les premiers soins. Elle aura besoin de quelques points de suture au village. Cet incident nous refroidit de suite. On décide d’abandonner nos planches et de prendre encore plus de photos à la place. Wow, c’est tellement beau ! On dirait un désert de crème glacé au caramel, vous ne trouvez pas ?

peru-huacachina-07797
peru-huacachina-07848
peru-huacachina-07828

Au retour, le pilote nous donne encore plus d’émotions fortes en jouant à saute-mouton sur les dunes de sables les plus hautes et les plus à pic. Il prend un malin plaisir à nous donner des sueurs froides. À ce stade, on en pleure de rire. Avant de revenir au bercail, on s’arrête un instant au sommet d’une des dunes pour contempler le coucher du soleil qui baigne le désert dans une ambiance enchanteresse de milles et une nuit.

peru-huacachina-07863
peru-huacachina-07873
peru-huacachina-07876
peru-huacachina-07908
peru-huacachina-07927
peru-huacachina-07931
peru-huacachina-07915
peru-huacachina-07935

À Huacachina, on rencontre par hasard le couple de québécois Philippe et Catherine qu’on avait laissé la veille à Ica. Quelle belle surprise ! Ils nous racontent leur mésaventure dans le motel le plus miteux de la ville autour d’un bon souper et de quelques Pisco Sour. On discute chacun de notre parcours, de famille, d’ouverture sur le monde, et on se dit déjà adieu comme on le fait trop souvent. En voyage, les rencontres sont éphémères mais souvent bien plus intenses que dans la vie « normale ». Allez, on reboucle nos bagages. Le lendemain, c’est direction le village de Nazca, pour voler au dessus des mystérieuses lignes du peuple pré-inca du même nom.

Bon vent !